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Cuivre : entre record historique et correction annoncée, faut-il investir ?

Le cuivre a franchi un record historique à 14 527 dollars la tonne fin janvier 2026, porté par l'essor de l'intelligence artificielle, la transition énergétique et le réarmement mondial. Pourtant, derrière l'euphorie des marchés, Goldman Sachs anticipe une correction de 15 % d'ici la fin de l'année. Entre fondamentaux solides et excédent de court terme, le métal rouge divise les analystes.

En six mois, le cours du cuivre a bondi de 44 %. Les investisseurs se précipitent, les influenceurs financiers s'emballent, et les médias spécialisés sacrent le métal rose comme « le placement du siècle ». Mais cette frénésie masque une réalité bien plus nuancée que les slogans accrocheurs des réseaux sociaux.

Car le cuivre n'est pas de l'or. Ce n'est pas un métal précieux que l'on thésaurise en période d'incertitude. C'est un métal industriel, dont le prix obéit aux lois de l'offre et de la demande réelle. Et cette distinction fondamentale change tout pour qui envisage d'y placer ses euros.

Trois méga-tendances qui dévorent le cuivre

Si le cuivre suscite autant de convoitises, c'est que trois dynamiques structurelles convergent simultanément. La première, c'est l'intelligence artificielle. Selon les analystes de S&P Global, l'IA va absorber près de 1,5 million de tonnes de cuivre supplémentaires chaque année d'ici 2030. Un seul data center moderne nécessite entre 5 et 10 tonnes du métal, et plus d'une centaine de projets sont actuellement en cours dans le monde.

La transition énergétique constitue le deuxième appétit, et de loin le plus vorace. Elle réclamera entre 4,6 et 5 millions de tonnes additionnelles par an. Une voiture électrique contient quatre fois plus de cuivre qu'un véhicule thermique. Bloomberg et l'Agence internationale de l'énergie tablent sur 35 millions de véhicules électriques vendus en 2030, soit près de 2 millions de tonnes de cuivre supplémentaires pour la seule filière automobile. Côté production d'électricité verte, une éolienne offshore de 12 MW exige 15 tonnes de cuivre, tandis que les réseaux électriques mondiaux devront doubler leur longueur d'ici 2040, soit 80 millions de kilomètres de câbles supplémentaires.

Troisième méga-tendance, moins médiatisée : le réarmement planétaire. Depuis 2022, les budgets militaires explosent. L'OTAN prévoit 500 milliards de dollars de dépenses communes, les États-Unis 900 milliards, et le Commonwealth 100 milliards. Un char d'assaut requiert une tonne de cuivre, un F-35 en consomme deux, et un navire de guerre jusqu'à 200. Au total, ces trois dynamiques vont générer une demande supplémentaire de près de 8 millions de tonnes par an.

Un marché en surplus malgré la tension structurelle

Face à cette demande colossale, la production mondiale stagne autour de 22 à 25 millions de tonnes annuelles. Les nouveaux gisements se raréfient : ils se situent en haute altitude dans les Andes, au fond des océans ou dans des zones politiquement instables. Entre la découverte d'un gisement et sa mise en production, il faut compter en moyenne 17 ans. Au Chili, premier producteur mondial avec 25 % de l'offre, la teneur en minerai a chuté de 1,1 % à 0,6 % en vingt ans, doublant les coûts d'extraction.

Pourtant, et c'est là que le tableau se complique, le marché du cuivre affiche aujourd'hui un excédent. Goldman Sachs a estimé le surplus à 600 000 tonnes en 2025, le plus important depuis 2009, et prévoit encore 300 000 tonnes de trop en 2026. « Le prix fondamental du cuivre se situe autour de 11 500 dollars la tonne », évalue la banque américaine, qui anticipe un cours de 11 200 dollars au quatrième trimestre 2026.

Comment expliquer ce paradoxe ? Les industriels américains, anticipant les menaces de tarifs douaniers de Donald Trump sur le cuivre raffiné importé, ont constitué des réserves massives depuis un an. Selon Bloomberg, 60 % des stocks de cuivre détenus dans les entrepôts des bourses mondiales sont désormais concentrés aux États-Unis. Lorsque Washington aura tranché — une décision attendue à l'été 2026 — ce stockage cessera et tout ce cuivre viendra peser sur les prix.

La Chine, premier consommateur mondial, envoie également des signaux préoccupants. Sa demande en cuivre raffiné « s'est affaiblie de manière significative », selon Goldman Sachs, un recul plus prononcé que lors de la « grève des acheteurs » chinois qui avait mis fin au rallye de 2024. Les stocks dans les entrepôts du London Metal Exchange en Asie sont en hausse, confirmant ce refroidissement.

Le véritable déficit structurel, celui qui pourrait propulser les cours vers les 20 000 voire 30 000 dollars la tonne, n'est pas attendu avant 2029 au plus tôt, selon le consensus des grandes banques. S&P Global estime que l'écart entre offre et demande pourrait atteindre 10 millions de tonnes annuelles en 2040. D'ici là, le marché traverse une zone d'incertitude où les prix restent vulnérables aux aléas conjoncturels : ralentissement chinois, politique commerciale américaine et incidents miniers comme le glissement de terrain à Grasberg en Indonésie, deuxième plus grande mine de cuivre au monde.

Pour l'investisseur particulier tenté par le cuivre, la prudence s'impose. Le métal rouge reste un actif cyclique, soumis aux soubresauts de l'économie mondiale bien avant que la pénurie structurelle ne se matérialise. Comme le résumait un analyste de J.P. Morgan, « les dynamiques de marché suffisent à propulser les prix au-delà de 12 000 dollars au premier semestre 2026 », mais la suite de l'année s'annonce moins favorable. Investir sur une thèse à dix ans dans un marché qui corrige à six mois exige des nerfs solides — et une compréhension claire de ce que l'on achète.

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