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L'Algérie accuse les Émirats arabes unis de tentatives d'ingérence dans ses élections

Dans une interview télévisée diffusée samedi 8 février, le président algérien Abdelmadjid Tebboune a lancé une charge virulente contre les Émirats arabes unis, les accusant de tentatives répétées d'ingérence dans les élections nationales algériennes. Sans jamais citer nommément Abu Dhabi, le chef de l'État a qualifié ce pays du Golfe de « mini-État qui gesticule », marquant une escalade sans précédent dans les tensions bilatérales entre les deux nations.

Interrogé sur les relations de l'Algérie avec les États du Golfe, Tebboune a distingué clairement ses partenaires. « Nos relations avec l'Arabie saoudite et le Koweït sont plus que fraternelles », a-t-il déclaré, avant d'ajouter d'un ton cinglant : « Il reste un État, pour ne pas dire un mini-État, qui gesticule. » Le président a ensuite précisé la nature de ses griefs : « Ils se sont ingérés dans nos élections, la première puis la deuxième. Ils se sont mêlés de telle et telle affaire. »

Ces accusations interviennent dans un contexte de détérioration continue des relations entre Alger et Abu Dhabi. Le même jour, les médias d'État algériens ont annoncé que l'Algérie avait entamé les procédures de résiliation de l'accord sur les services aériens avec les Émirats, signé le 13 mai 2013 à Abu Dhabi et ratifié par décret présidentiel le 30 décembre 2014. L'Autorité générale de l'aviation civile émiratie a réagi en indiquant que cette dénonciation n'aurait pas d'impact « immédiat » sur les vols entre les deux pays, compte tenu des délais légaux de préavis.

Menaces économiques et bras de fer diplomatique

Au-delà de l'ingérence électorale, Tebboune a dénoncé les pressions économiques exercées par Abu Dhabi. Les Émirats menaceraient de recourir à l'arbitrage international concernant leurs investissements en Algérie, une manœuvre que le président algérien interprète comme une tentative d'« appauvrissement ». Sa réponse a été sans ambiguïté : « Ils menacent de nous appauvrir simplement par l'arbitrage international. Qu'ils aillent à l'arbitrage ! » Il a même ajouté un avertissement direct : « Ne nous laissez pas regretter le jour où nous vous avons connus. »

Ces tensions s'inscrivent dans un contexte géopolitique plus large. L'Algérie reproche depuis plusieurs années aux Émirats de jouer un rôle déstabilisateur dans la région. Tebboune a notamment critiqué l'implication émiratie dans les conflits en Libye, au Mali et au Soudan, où l'argent d'Abu Dhabi alimenterait des dynamiques conflictuelles. La normalisation des relations entre les Émirats et Israël dans le cadre des accords d'Abraham, ainsi que l'ouverture d'un consulat émirati à Laâyoune, en territoire du Sahara occidental, sont perçues à Alger comme les pièces d'un encerclement stratégique orchestré par une alliance tripartite entre Abu Dhabi, Rabat et Tel-Aviv.

Vers une rupture diplomatique ?

Les accusations portées par Tebboune ne sont pas isolées. Dès janvier 2026, le quotidien El Khabar, réputé proche des cercles de pouvoir algériens, évoquait la possibilité d'une rupture diplomatique avec Abu Dhabi. Le journal alléguait que les Émirats soutenaient le Mouvement pour l'autonomie de la Kabylie (MAK), une organisation séparatiste classée terroriste par Alger. Des sources proches du gouvernement avaient également signalé des « mouvements suspects » de l'ambassade émiratie, son ambassadeur étant officieusement considéré comme persona non grata.

L'escalade intervient à quelques mois des élections législatives algériennes, prévues en juin 2026, ce qui rend les accusations d'ingérence électorale particulièrement sensibles. Pour Alger, la protection de la souveraineté nationale contre toute forme d'ingérence étrangère constitue une ligne rouge non négociable.

Fait notable, les médias proches de la sphère saoudienne ont salué la fermeté algérienne face aux Émirats, illustrant les rivalités internes au Conseil de coopération du Golfe. L'Arabie saoudite, en froid avec Abu Dhabi sur plusieurs dossiers régionaux, semble observer avec une certaine satisfaction la détermination d'Alger à défendre ses positions. La question reste désormais de savoir si cette crise diplomatique aboutira à une rupture formelle des relations ou si les canaux de dialogue parviendront à contenir l'escalade.

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