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Séquestration crypto à Grenoble : six suspects déférés devant la justice à Paris

Six personnes, dont un mineur, ont été déférées devant un juge à Paris ce mercredi 11 février, à l issue de leurs gardes à vue prolongées de 96 heures. Elles sont soupçonnées d avoir participé à l enlèvement et à la séquestration d une magistrate de 35 ans et de sa mère de 67 ans, dans la nuit du 4 au 5 février, à Saint-Martin-le-Vinoux, près de Grenoble. Les ravisseurs exigeaient une rançon de 1,6 million d euros en bitcoin au compagnon de la magistrate, dirigeant d une société de cryptomonnaies.

L affaire a débuté à 2h50, dans la nuit du mercredi 4 au jeudi 5 février, lorsqu un commando armé a fracturé la porte du domicile des victimes à Saint-Martin-le-Vinoux, en Isère. Selon les premiers éléments de l enquête, au moins trois individus ont pénétré dans le logement, maîtrisant la magistrate — qui exercerait les fonctions de juge des enfants au tribunal judiciaire de Grenoble — et sa mère, avant de les charger dans le coffre d un véhicule.

Le compagnon de la victime, dirigeant d une start-up lyonnaise spécialisée dans les cryptomonnaies, était absent au moment des faits. Il a rapidement reçu un message des ravisseurs, accompagné d une photographie de sa compagne et d une demande de rançon de 1,6 million d euros en bitcoin. « Les ravisseurs menaçaient de mutiler les otages si le transfert de fonds n était pas effectué immédiatement », a révélé Thierry Dran, procureur de la République de Lyon. Aucune rançon n a été versée.

Trente heures de calvaire avant une libération par leurs propres moyens

Les deux femmes ont été retrouvées ligotées et blessées le vendredi 6 février, peu après 8 heures du matin, dans le garage d une résidence de Bourg-lès-Valence, dans la Drôme, à une centaine de kilomètres du lieu de leur enlèvement. Elles avaient été séquestrées pendant plus de trente heures. « Elles ont profité de l absence des ravisseurs pour se détacher et appeler de l aide, notamment en frappant sur la porte du garage, ce qui a permis d alerter un voisin », a précisé le procureur.

La magistrate, blessée à la tête avec des plaies au cuir chevelu, s est vu attribuer une incapacité temporaire de travail (ITT) de quinze jours. Sa mère, moins gravement atteinte, a reçu une ITT de deux jours. Le véhicule ayant servi au transport des victimes a été retrouvé carbonisé.

Un important dispositif policier, mobilisant 160 agents de différents services, a été déployé dès l alerte donnée. Entre le samedi 7 et le dimanche 8 février, six personnes ont été interpellées. Les deux premiers suspects ont été arrêtés à la gare routière de Chambéry, en Savoie, alors qu ils tentaient de prendre un bus en direction de l Espagne. Deux autres hommes ont été appréhendés le lendemain dans l ouest lyonnais, puis un sixième suspect, mineur, a également été interpellé. La compagne de l un des suspects figure parmi les personnes arrêtées.

Le Pnaco prend la main sur une vague d enlèvements liés aux cryptomonnaies

Les suspects, âgés pour la plupart entre 18 et 20 ans, seraient connus des services de police pour des faits de petite délinquance. Selon plusieurs sources proches du dossier, ils ne seraient que les exécutants, « des petites mains ultra-violentes » recrutées via les réseaux sociaux par un ou plusieurs commanditaires qui pourraient se trouver à l étranger. « L enquête le démontrera, il est beaucoup trop tôt pour tirer la moindre conclusion », a toutefois tempéré le procureur de Lyon.

Le parquet de Grenoble s est initialement dessaisi au profit de la juridiction interrégionale spécialisée (JIRS) de Lyon. Mais le nouveau parquet national anticriminalité organisée (Pnaco), opérationnel depuis peu, a annoncé mercredi se saisir du dossier. Les six gardés à vue devaient être déférés devant un juge parisien ce mercredi en milieu de journée, à l issue de leurs 96 heures de garde à vue, pour « enlèvement et séquestration de plusieurs personnes commis en bande organisée » et « participation à une association de malfaiteurs en vue de la préparation d un crime ».

Cette affaire s inscrit dans une série préoccupante de faits de criminalité organisée en France. Le Pnaco s était déjà saisi fin janvier de six faits d enlèvements ou de séquestrations en bande organisée, liés à des extorsions de cryptomonnaies, commis entre le 18 décembre et le 14 janvier dans plusieurs départements français, pour un préjudice estimé à plusieurs millions d euros. À Voiron, en Isère, un septuagénaire avait été enlevé et séquestré le 25 janvier dans le but d extorquer une rançon en cryptomonnaie à son fils.

Le phénomène dépasse largement les frontières hexagonales. Selon le cabinet de cybersécurité CertiK, l année 2025 a marqué un tournant avec 72 extorsions physiques vérifiées liées aux cryptomonnaies dans le monde, soit une hausse de 75 % par rapport à l année précédente. Ces « wrench attacks » — du nom de la clé à molette utilisée métaphoriquement pour forcer la remise d actifs numériques — illustrent la mutation des formes de criminalité à l ère numérique, où les nouvelles technologies offrent aux malfaiteurs des moyens d extorsion rapides et difficiles à tracer.

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