Le futur du Bitcoin : entre promesses vertigineuses et incertitudes profondes
Personne ne verra le dernier Bitcoin être miné. Ce jour, prévu aux alentours de 2140, pourrait pourtant redéfinir la notion même de richesse pour les générations futures. Alors que le cours oscille autour de 70 000 dollars en ce mois de février 2026 — loin de son record historique de 126 000 dollars atteint en octobre 2025 — les prédictions sur l'avenir de la cryptomonnaie reine divisent économistes, gestionnaires de fonds et visionnaires de la tech.
D'un côté, Eugène Fama, prix Nobel d'économie, prédit un effondrement à zéro. De l'autre, Michael Saylor évoque des dizaines de millions de dollars par unité d'ici vingt ans. Larry Fink, PDG de BlackRock, avance un Bitcoin à 700 000 dollars si les fonds souverains y consacraient seulement 5 % de leur portefeuille. Entre ces extrêmes, la vérité se dessine dans un paysage d'une complexité inédite, comme le détaille une analyse vidéo publiée sur YouTube qui propose un voyage temporel fascinant jusqu'en 2140.
2050 : la rareté programmée face aux doutes des Nobel
Premier horizon : 2050. À cette date, plus de 99 % des 21 millions de bitcoins auront été minés. Les récompenses de minage seront tombées à 0,1 BTC par bloc, contre 3,125 aujourd'hui. Plusieurs halvings successifs auront renforcé la rareté programmée de l'actif. Du côté des optimistes, les projections donnent le vertige. Ark Invest, dans son rapport Big Ideas 2026, anticipe une capitalisation de 16 000 milliards de dollars pour le Bitcoin, soit un prix unitaire d'environ 760 000 dollars — et cela dès 2030. Changelly évoque le million symbolique.
La logique est simple : l'offre est figée, la demande n'a aucune limite théorique. Si les actifs mondiaux représentent environ 900 000 milliards de dollars et que le Bitcoin en capte 10 %, le calcul donne plus de 4 millions de dollars par unité. Michael Saylor pousse le raisonnement plus loin avec le concept de crédit adossé au Bitcoin : emprunter contre ses BTC sans déclencher d'imposition, pendant que l'actif continue de s'apprécier.
Mais les sceptiques avancent des arguments tout aussi solides. Eugène Fama reste catégorique : « Si le Bitcoin ne développe pas une utilité monétaire réelle, il s'effondrera. » Robert Shiller, autre prix Nobel, avertit que « cette bulle pourrait persister des décennies, mais qu'elle reste une bulle ». Shiller avait correctement identifié la bulle immobilière de 2008, ce qui confère un poids certain à son analyse. La concurrence des monnaies numériques de banques centrales (CBDC) et la question énergétique du minage ajoutent des incertitudes supplémentaires. En restant conservateur, un Bitcoin entre 500 000 et 2 millions de dollars en 2050 semble un scénario réaliste.
2080-2140 : le « Bitcoin Standard » ou l'effondrement ?
Second horizon : 2080. Les récompenses de minage sont devenues négligeables — quelques milliers de satoshis par bloc. Les mineurs vivent désormais exclusivement des frais de transaction. C'est un changement de paradigme total. Le Bitcoin possède des propriétés que l'or n'aura jamais : insaisissable, indivisible en 100 millions d'unités, transférable instantanément à travers le monde. Mais l'or a prouvé sa résilience sur 5 000 ans d'histoire. Le Bitcoin n'a que 17 ans.
Le chercheur Giovanni Santostasi a développé le modèle Power Law, qui suggère une croissance exponentielle prévisible et prédit un Bitcoin à 10 millions de dollars d'ici 2045. Extrapolée, cette courbe atteint des sommets vertigineux. Toutefois, ce modèle est controversé : le célèbre Stock to Flow, très populaire en 2020, a significativement surestimé le prix du Bitcoin par la suite. Les projections les plus audacieuses évoquent le milliard pour 2140, mais elles reposent sur l'hypothèse d'un effondrement progressif des monnaies fiduciaires.
La création de la réserve stratégique Bitcoin américaine en mars 2025, capitalisée avec 200 000 BTC saisis, a constitué un tournant historique. D'autres nations pourraient suivre, créant un effet d'entraînement géopolitique. Mais un risque majeur subsiste : le dilemme des frais. Si les mineurs ne trouvent pas un modèle économique viable sans récompenses de bloc, la sécurité même du réseau pourrait être compromise.
Aujourd'hui, alors que le Bitcoin traverse une correction de 45 % depuis son sommet d'octobre 2025, les analystes restent profondément divisés. Les ETF Bitcoin spot, qui détiennent collectivement plus d'un million de BTC, ont enregistré des sorties de capitaux en janvier 2026. Pourtant, les conditions macroéconomiques — avec une Fed maintenant ses taux en zone neutre — pourraient favoriser un rebond. Ce qui est certain, c'est que la réponse au destin du Bitcoin ne se trouve ni dans les certitudes des optimistes ni dans celles des pessimistes, mais dans la capacité de cette technologie à prouver, décennie après décennie, qu'elle mérite la confiance que des millions de personnes lui accordent déjà.