Là où le halal ne perce pas : ces villes françaises encore en retrait (Abonnés)
Alors que Marseille, Lyon ou Paris voient exploser l’offre halal — des fast-foods aux boucheries artisanales — certaines villes françaises restent étrangement imperméables à cette tendance. Entre prudence commerciale, poids des habitudes et frilosité politique, une autre carte du halal se dessine, loin des grandes métropoles.
À Marseille, impossible de marcher plus de cent mètres sans croiser une enseigne halal. À Lyon, le label s’affiche désormais jusqu’aux boulangeries, et Paris compte des dizaines de restaurants gastronomiques certifiés. Mais à Limoges, Clermont-Ferrand ou Brest, la réalité est bien différente. Ici, les boucheries halal se comptent sur les doigts d’une main, les supermarchés restent frileux, et les grandes chaînes préfèrent contourner le sujet.
Dans ces zones dites “intermédiaires”, où la population musulmane est plus faible et la demande moins visible, le marché ne s’impose pas de lui-même. « Ce n’est pas qu’on refuse le halal, mais le modèle économique n’est pas toujours viable », confie un gérant de supermarché d’Orléans. D’après une étude du cabinet Xerfi (2025), les ventes de produits halal représentent 12 % du marché national des viandes, mais moins de 3 % dans certaines régions du Centre et de l’Ouest. Une fracture silencieuse, qui en dit long sur la manière dont la société française évolue à plusieurs vitesses.
Entre prudence politique et inertie locale
Dans plusieurs communes de taille moyenne, la question du halal reste encore taboue. Non pas pour des raisons religieuses, mais par crainte de l’interprétation politique. « On sent bien que dans certaines zones, afficher du halal, c’est prendre un risque de communication », explique un directeur régional d’une grande enseigne de distribution. Certaines municipalités redoutent les polémiques, d’autres préfèrent éviter toute confusion avec une forme de communautarisme économique.