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CheckNews | Le diplomate français Fabrice Aidan, personnage clé des arrangements entre Jeffrey Epstein et l'ONU

Les fichiers Epstein, publiés début janvier 2026 en vertu de l'Epstein Files Transparency Act, continuent de livrer leur lot de révélations. Parmi les noms qui émergent de ces trois millions de pages : celui de Fabrice Aidan, diplomate français détaché aux Nations Unies pendant près de huit ans, cité à 211 reprises dans les correspondances du pédocriminel américain Jeffrey Epstein. Selon les enquêtes de Mediapart et Radio France, ce fonctionnaire du Quai d'Orsay aurait servi de canal opérationnel entre Epstein et le Norvégien Terje Rød-Larsen, ancien envoyé spécial de l'ONU pour le Liban.

L'histoire commence à New York, fin 2010. Fabrice Aidan, alors assistant spécial de Terje Rød-Larsen au siège des Nations Unies, entre en contact avec Jeffrey Epstein. Le financier américain, déjà condamné en 2008 pour sollicitation de prostitution de mineure, cherche à se reconstruire un réseau d'influence. Le diplomate français va lui ouvrir les portes du monde onusien.

Les échanges révélés par les autorités américaines dessinent un rôle précis pour Aidan : celui d'intermédiaire logistique et informationnel. Dès octobre 2010, il organise la participation d'Epstein au Forum de Sir Bani Yas, une retraite diplomatique fermée aux Émirats arabes unis, comme s'il s'agissait d'une formalité administrative. Les protocoles émiratis sollicitent copies de passeport et photographies en passant explicitement par Aidan.

Des documents confidentiels transmis au pédocriminel

De 2010 à 2017, les correspondances se multiplient. Le 8 mai 2012, Fabrice Aidan transmet directement à Epstein le 15e rapport semestriel du Conseil de sécurité de l'ONU lié à la résolution 1559 sur le Liban, accompagné de ces trois mots : "here it is". Des briefings du Conseil de sécurité, des informations diplomatiques sensibles, des mises en relation avec des personnalités saoudiennes : le diplomate français met ses fonctions officielles au service du réseau Epstein.

Aidan dispose même du code d'accès de l'appartement parisien d'Epstein, situé avenue Foch. Il communique également au financier américain le relevé d'identité bancaire de son supérieur Terje Rød-Larsen, en vue d'un virement de 250 000 dollars dont les raisons demeurent obscures. L'ensemble de ces échanges transitent par sa messagerie professionnelle onusienne.

Le diplomate norvégien, qui qualifiait Epstein de "meilleur ami" et d'"être humain fondamentalement bon", est aujourd'hui visé avec son épouse Mona Juul par une enquête pour "complicité de corruption aggravée" ouverte le 9 février 2026 par l'autorité norvégienne Økokrim. Architecte des accords d'Oslo dans les années 1990, Rød-Larsen avait déjà dû démissionner en 2020 de la présidence de l'International Peace Institute (IPI) après la révélation de liens financiers avec Epstein, incluant un prêt personnel de 130 000 dollars et des dons de 650 000 dollars à l'institut.

L'ombre d'une enquête du FBI en 2013

Un épisode particulièrement troublant ressurgit. En 2013, le FBI ouvre une enquête visant Fabrice Aidan pour consultation présumée de contenus pédopornographiques. L'ONU confirme qu'une procédure disciplinaire interne était alors en cours. Plutôt que d'affronter l'enquête, Aidan quitte discrètement les États-Unis en transitant par le Canada pour regagner Paris, en avril 2013. La procédure disciplinaire est suspendue à la suite de son départ.

C'est précisément ce point qui provoque la colère du ministre des Affaires étrangères Jean-Noël Barrot. Mardi 11 février, le chef de la diplomatie française s'est dit "effaré" et "indigné" par ces révélations. Il a saisi le parquet de Paris en adressant un courrier à la procureure Laure Beccuau, lancé une enquête administrative et engagé une procédure disciplinaire. Le Quai d'Orsay devra notamment expliquer pourquoi Aidan n'a jamais été suspendu après l'alerte du FBI en 2013.

Actuellement secrétaire des affaires étrangères principal en disponibilité, Fabrice Aidan occupait des fonctions au sein du groupe Engie, qui a immédiatement annoncé sa suspension. Par la voix de son avocate, le diplomate "conteste l'entièreté des accusations portées à son encontre" et se dit "à l'entière disposition de la justice".

L'affaire Aidan s'ajoute à une série de révélations impliquant des personnalités françaises dans le réseau Epstein. L'ancien ministre de la Culture Jack Lang a démissionné de la présidence de l'Institut du monde arabe et fait l'objet d'une enquête. Les fichiers Epstein, dont la publication se poursuit, n'ont sans doute pas fini de faire trembler les cercles du pouvoir.

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