« Faure Sure » : quand le PS détourne le mème viral de Macron à Davos
Le Parti socialiste a publié lundi 10 février une vidéo sur TikTok dans laquelle Olivier Faure enfile une paire de lunettes de soleil estampillées « Faure Sure », détournant le célèbre mème né du discours d'Emmanuel Macron au Forum économique mondial de Davos. Une opération de communication audacieuse qui divise, entre ceux qui saluent un coup marketing malin et ceux qui y voient le symbole d'une politique réduite à ses mèmes.
La scène dure à peine quelques secondes, mais elle a suffi à enflammer la toile. Sur le compte TikTok du Parti socialiste, on découvre le premier secrétaire Olivier Faure adressant un clin d'œil complice à la caméra avant de chausser une paire de lunettes de soleil surdimensionnées. Sur les verres, deux mots s'affichent en lettres capitales : « Faure Sure ». Le jeu de mots, évident, fait référence à l'expression « for sure » répétée par Emmanuel Macron lors de son intervention à Davos le 20 janvier dernier, devenue depuis un phénomène viral planétaire.
La vidéo se poursuit avec plusieurs militants socialistes arborant les mêmes lunettes, le tout rythmé par le morceau « Day 'n' Nite » de Kid Cudi. Une mise en scène soignée qui emprunte les codes de la culture numérique pour tenter de moderniser l'image du parti de la rose, traditionnellement peu à l'aise sur les plateformes de la jeune génération.
Un mème présidentiel devenu arme politique
Pour comprendre cette séquence, il faut remonter au 20 janvier. Ce jour-là, Emmanuel Macron monte à la tribune du World Economic Forum de Davos avec, vissées sur le nez, des lunettes aviateur aux verres bleutés signées Henry Jullien, une maison jurassienne rachetée en 2023 par le groupe italien iVision Tech. Le président souffre alors d'une hémorragie conjonctivale à l'œil droit, une affection bénigne qui l'oblige à protéger sa vue. Mais c'est surtout son expression « for sure », martelée à plusieurs reprises avec un accent français très appuyé dans un contexte solennel, qui retient l'attention des internautes du monde entier.
Le phénomène prend une ampleur considérable. Sur TikTok, plus de 36 800 vidéos parodiques sont mises en ligne, totalisant plus de 200 millions de vues. Le mème dépasse rapidement les frontières françaises, inspirant des remix musicaux signés Bilal Hassani, des parodies dans les stations de ski et même une réponse du Premier ministre britannique Keir Starmer, qui publie sa propre vidéo en lunettes aviateur avec la légende « Talk to me, Goose », référence au film Top Gun. Donald Trump lui-même ironise sur la prestation de son homologue français.
C'est dans ce contexte de viralité maximale que le Parti socialiste décide de s'emparer du phénomène. L'homophonie entre « Faure » et « for » offre une opportunité de communication trop belle pour être ignorée. Le PS joue ainsi sur la notoriété du mème pour promouvoir son leader dans une logique de viralité assumée, visant un public jeune habituellement difficile à capter.
Des réactions mitigées sur les réseaux sociaux
Si certains saluent l'audace de la démarche, les critiques sont largement majoritaires. Sur Threads, un internaute résume le sentiment dominant : « Je pense qu'on ne peut pas tomber plus bas politiquement. » D'autres raillent sans ménagement : « À l'allure où le PS creuse, ils vont bientôt atteindre le noyau. » Un commentaire sous la vidéo TikTok reconnaît toutefois le mérite de l'opération sur le plan du marketing politique, tout en jugeant la démarche embarrassante du point de vue militant.
Cette initiative intervient dans un contexte politique particulièrement chargé pour Olivier Faure. Le premier secrétaire du PS navigue entre plusieurs lignes de crête. Il a choisi de ne pas voter la motion de censure déposée par La France insoumise contre le Premier ministre Sébastien Lecornu, une décision qui a ravivé les tensions au sein de la gauche et lui a valu des accusations de sauver Emmanuel Macron. Le 8 février, sur France 3, il prenait la défense de LFI en contestant son classement à l'extrême gauche par le ministère de l'Intérieur en vue des élections municipales de mars.
Sur le budget 2026, Faure maintient la pression sur le gouvernement. « Si la copie est mauvaise, nous censurerons », avait-il prévenu en janvier. Une posture d'équilibriste entre opposition constructive et fermeté qui peine à convaincre une partie de son camp, tiraillé entre la tentation du dialogue avec l'exécutif et la fidélité à l'union de la gauche.
Reste à savoir si cette opération de séduction numérique parviendra à rajeunir l'image d'un parti en quête de renouveau, à moins de deux ans de l'élection présidentielle de 2027. Le « Faure Sure » restera-t-il comme un coup de communication inspiré ou comme l'énième tentative d'un parti historique de raccrocher les wagons de la modernité numérique ? La réponse, for sure, appartient aux électeurs.