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Gaz : l'ambassadeur de l'UE détaille les ambitions européennes avec l'Algérie

Alors que l'Union européenne s'apprête à interdire définitivement les importations de gaz russe d'ici l'automne 2027, l'Algérie s'impose comme un partenaire énergétique incontournable. L'ambassadeur de l'UE à Alger, Diego Mellado Pascua, a détaillé les prochaines étapes d'un partenariat qualifié d'« extrêmement riche et intense », à l'heure où Bruxelles cherche à diversifier ses approvisionnements sans tomber dans une nouvelle dépendance.

Le contexte géopolitique européen connaît une accélération sans précédent. Depuis le 1er janvier 2026, l'UE interdit la signature de tout nouveau contrat d'importation de gaz russe, prélude à un embargo total programmé pour l'automne 2027. Cette rupture stratégique, destinée à priver Moscou d'une manne financière alimentant le conflit en Ukraine, oblige les Vingt-Sept à repenser l'ensemble de leur architecture d'approvisionnement énergétique.

C'est dans ce contexte que Diego Mellado Pascua, ambassadeur de l'Union européenne en Algérie, a pris la parole pour détailler la feuille de route du partenariat bilatéral. « L'Algérie est un partenaire privilégié, essentiel et indispensable pour l'Europe », a-t-il affirmé, soulignant que « le destin de l'Algérie et de l'Europe est indissociable ». Le diplomate espagnol, en poste à Alger depuis octobre 2024, a insisté sur la densité des échanges diplomatiques récents entre les deux parties.

L'Algérie, deuxième fournisseur de gaz par gazoduc de l'UE

Les chiffres parlent d'eux-mêmes. L'Algérie représente aujourd'hui 14,6 % des importations européennes de gaz acheminé par gazoduc, se plaçant en deuxième position derrière la Norvège (51,8 %). Elle figure également au troisième rang des fournisseurs de GNL avec 7,7 % des importations. Grâce à ses gazoducs TransMed, reliant l'Algérie à l'Italie, et Medgaz, vers l'Espagne, Alger dispose d'une capacité d'exportation de plus de 40 milliards de mètres cubes par an, encore loin d'être pleinement exploitée.

La visite à Alger, le 12 février dernier, du commissaire européen à l'Énergie Dan Jorgensen, à l'occasion de la 6e réunion du dialogue politique de haut niveau sur l'énergie Algérie-UE, a confirmé cette dynamique. « Cette rencontre arrive au bon moment, alors que nous nous libérons de notre dépendance au gaz russe. L'Algérie est déjà un partenaire très important, mais elle le deviendra encore davantage », a déclaré le commissaire européen.

Dan Jorgensen a néanmoins mis en garde contre le risque de substituer une dépendance par une autre, en référence au GNL américain qui représentait, au troisième trimestre 2025, 60 % des importations européennes de GNL contre 24 % début 2021. « Il y a une inquiétude grandissante, que je partage, liée au risque de remplacer une dépendance par une autre », a-t-il prévenu. L'Algérie offre à cet égard un avantage écologique majeur : le transport de gaz par pipeline génère des émissions de CO₂ inférieures de 40 % à celles du GNL américain.

Un partenariat qui dépasse le cadre énergétique

Au-delà du gaz naturel, l'ambassadeur Mellado a dévoilé les ambitions de coopération pour 2026-2027. De nouveaux projets sont en préparation, notamment dans les domaines de l'investissement et de l'hydrogène vert, secteur dans lequel l'Algérie dispose d'un potentiel considérable grâce à ses vastes ressources solaires et éoliennes. La Banque européenne d'investissement doit prochainement envoyer des représentants pour examiner les possibilités de financement de projets sur le sol algérien.

Le diplomate européen a toutefois relevé une évolution préoccupante des échanges commerciaux. « On est passé, ces 7 et 8 dernières années, de 25 milliards d'euros d'exportations à 13 milliards seulement, soit pratiquement la moitié », a-t-il noté, plaidant pour une meilleure intégration économique entre les deux rives de la Méditerranée. Les discussions portent également sur la révision de l'Accord d'association, en vigueur depuis 2005, afin de faciliter l'accès des produits algériens au marché européen.

Pour l'Algérie, cette recomposition du paysage énergétique européen représente une opportunité stratégique majeure. La capacité du gazoduc TransMed pourrait être portée de 21 à près de 30 milliards de mètres cubes par an, tandis que Medgaz maintient son débit proche de sa capacité maximale de 10 milliards de mètres cubes. Avec ses terminaux GNL d'Arzew et Skikda, Alger dispose de l'infrastructure nécessaire pour répondre à la demande croissante européenne.

Reste à transformer ces intentions en réalisations concrètes. La prochaine étape sera décisive : les visites programmées de responsables de la Banque européenne d'investissement et la poursuite des négociations autour de l'Accord d'association devront dessiner les contours d'un partenariat qui se veut, selon les mots de l'ambassadeur, « prometteur et fructueux ».

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