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Tebboune reçoit Laurent Nuñez à Alger : la coopération sécuritaire relancée

Le président algérien Abdelmadjid Tebboune a reçu, ce lundi 17 février 2026 à Alger, le ministre français de l'Intérieur Laurent Nuñez, en visite officielle de deux jours. Cette rencontre, la première d'un responsable du ministère de l'Intérieur français depuis le déplacement de Gérald Darmanin en 2022, marque un tournant dans des relations bilatérales particulièrement dégradées depuis l'été 2024.

L'audience s'est déroulée en présence de hauts responsables algériens, notamment Boualem Boualem, directeur de cabinet de la présidence, Saïd Sayoud, ministre de l'Intérieur, Amar Abba, conseiller diplomatique du président, ainsi que le général-major Abdelkader Aït Ouarabi, directeur général de la Sécurité intérieure. Un dispositif protocolaire qui témoigne de l'importance accordée par Alger à cette visite.

À l'issue de cette réception, Laurent Nuñez a affiché un optimisme mesuré. « J'ai toujours eu confiance dans le rétablissement des relations sécuritaires avec l'Algérie. Cette visite concrétise notre volonté de poursuivre le dialogue avec les autorités algériennes sur ces questions », a-t-il déclaré. Le ministre a précisé que les discussions avaient porté sur « l'ensemble des questions sécuritaires », englobant la lutte antiterroriste, le démantèlement des réseaux de narcotrafic et la gestion des flux migratoires irréguliers.

Un dégel progressif après dix-huit mois de tensions

Les relations franco-algériennes s'étaient considérablement détériorées depuis juillet 2024, lorsque Paris avait officiellement soutenu le plan d'autonomie marocain pour le Sahara occidental. Alger, soutien historique du Front Polisario, avait réagi en rappelant son ambassadeur et en suspendant sa coopération en matière de réadmission des migrants. L'affaire Boualem Sansal, l'arrestation d'un agent consulaire algérien en France et un documentaire de France 2 jugé hostile par Alger avaient encore envenimé la situation.

Le remplacement de Bruno Retailleau par Laurent Nuñez à la tête du ministère de l'Intérieur, en octobre 2025, a ouvert une fenêtre diplomatique. Dès janvier 2026, le nouveau ministre confirmait que « nos services échangent à nouveau », tout en reconnaissant que le climat demeurait « encore difficile ». L'ambassadeur Stéphane Romatet avait également appelé au dégel, reconnaissant une reprise partielle des échanges sans toutefois parler de sortie de crise.

Le président Tebboune avait lui-même facilité ce rapprochement en déclarant publiquement que Laurent Nuñez serait « le bienvenu » s'il souhaitait se rendre à Alger, une invitation formulée lors d'un entretien télévisé et manifestement entendue par Paris.

Des dossiers sensibles sur la table

Au-delà de la symbolique de la visite, plusieurs dossiers concrets figuraient à l'ordre du jour. La question migratoire reste un point de friction majeur : environ 40 % des personnes placées en centres de rétention administrative en France sont de nationalité algérienne, et Paris réclame la reprise de la délivrance des laissez-passer consulaires pour permettre les reconduites à la frontière.

Le sort du journaliste français Christophe Gleizes, condamné en décembre 2025 à sept ans de prison par le tribunal de Tizi Ouzou pour apologie du terrorisme, constitue un autre sujet de préoccupation. Laurent Nuñez avait initialement conditionné sa venue à des avancées sur ce dossier, avant d'opter pour une approche pragmatique sans préalables, afin de ne pas compromettre la reprise du dialogue.

Cette visite s'inscrit dans un calendrier diplomatique chargé pour Alger, qui a également reçu le général Abdourahamane Tiani du Niger le même week-end, illustrant le rôle de pivot régional que l'Algérie entend jouer. Reste à savoir si cette reprise de contact se traduira par des avancées concrètes ou si elle demeurera, comme le soulignent plusieurs observateurs, un simple geste d'apaisement dans une relation qui reste marquée par une profonde méfiance mutuelle.

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