Candidatures en master : ces lettres générées par ChatGPT que les jurys repèrent au premier coup d'œil
Depuis le 17 février 2026, la plateforme Mon Master est officiellement ouverte aux candidatures. Parmi les quelque 3 500 formations proposées, les masters en économie-gestion figurent parmi les plus convoités et les plus sélectifs. Mais cette année, un phénomène inquiète particulièrement les responsables pédagogiques : la multiplication des lettres de motivation manifestement rédigées par ChatGPT. « On repère tout de suite les lettres générées avec ChatGPT », confient plusieurs directeurs de programmes. Un constat qui pose la question : comment sortir du lot quand l'intelligence artificielle uniformise les candidatures ?
Le chiffre donne le vertige. Selon une étude récente, 68 % des candidats reconnaissent avoir utilisé une intelligence artificielle générative pour préparer leurs dossiers de candidature. Résultat : les jurys d'admission, notamment dans les filières d'économie-gestion les plus prisées, se retrouvent face à des piles de lettres étrangement similaires. Des formulations lisses, un vocabulaire trop soutenu, des transitions artificielles et, surtout, une absence totale de singularité. « C'est devenu un vrai problème », reconnaît un responsable de master en finance à l'Université Paris-Dauphine. « Nous recevons des dizaines de lettres qui commencent exactement de la même façon, avec les mêmes tournures et les mêmes arguments creux. »
Le phénomène n'est pas anodin. Car les masters en éco-gestion restent parmi les formations les plus sélectives du paysage universitaire français. Les candidats disposent de quinze vœux sur la plateforme Mon Master, mais les places sont comptées, et la lettre de motivation reste un élément décisif pour départager des dossiers académiquement proches. Un dossier à 14 de moyenne peut l'emporter sur un dossier à 15 si le projet de formation motivé démontre une véritable réflexion personnelle.
Les enseignants-chercheurs qui composent les jurys ont désormais développé un œil exercé. Les marqueurs d'une lettre produite par ChatGPT sont multiples : un style uniformément neutre, l'absence de fautes mineures naturelles, des structures syntaxiques répétitives et, paradoxalement, un excès de perfection formelle qui trahit la machine. Certaines universités ont même commencé à utiliser des logiciels de détection comme GPTZero ou Originality.ai. D'après une enquête menée auprès de 200 recruteurs français, 73 % d'entre eux affirment pouvoir identifier une lettre générée par IA dès les premières lignes.
L'authenticité comme arme de différenciation
Face à cette uniformisation, les conseils des directeurs de programmes convergent : il faut miser sur l'authenticité. « Ce que nous cherchons, c'est une voix », explique une directrice de master en management à l'IAE de Lyon. « Un étudiant qui raconte comment un stage dans une PME lui a fait comprendre les enjeux de la gestion de trésorerie, c'est mille fois plus convaincant qu'un paragraphe générique sur la passion pour l'économie mondiale. »
La clé réside dans la capacité à articuler un projet professionnel précis avec des expériences concrètes. Les jurys veulent lire des anecdotes vécues, des chiffres issus de stages ou de projets universitaires, des références aux enseignements spécifiques du master visé. Il ne s'agit pas de bannir l'IA, mais de l'utiliser comme un outil de structuration, jamais comme un rédacteur à part entière. L'APEC recommande d'ailleurs cette approche : fournir à l'IA ses données personnelles, son CV et les spécificités de la formation visée, puis retravailler intégralement le résultat pour y injecter sa personnalité.
La personnalisation de chaque candidature est également cruciale. Un candidat qui postule à un master en contrôle de gestion à Nantes et à un master en finance d'entreprise à Toulouse ne peut pas envoyer la même lettre. Les jurys le savent et traquent ces copier-coller déguisés. « Montrer que vous connaissez notre maquette pédagogique, que vous avez identifié un séminaire ou un professeur dont les travaux vous intéressent, c'est ce qui fait la différence », insiste un enseignant-chercheur en sciences de gestion.
Des candidatures sous haute surveillance technologique
Le calendrier de Mon Master 2026 est serré. Les candidats ont jusqu'au 16 mars pour déposer leurs vœux, et les commissions pédagogiques examineront les dossiers à partir du 21 mars. Les résultats tomberont le 3 juin pour les formations classiques. Dans ce contexte, la tentation du recours à l'IA est forte, d'autant que de nouveaux outils comme Thotis LM, entraîné sur plus de 600 lettres de candidats admis, promettent des résultats « personnalisés ». Mais les experts mettent en garde : même ces outils spécialisés ne remplacent pas une réflexion authentique.
Le paradoxe est frappant. Alors que ChatGPT domine désormais 71 % du marché de l'IA en entreprise, son utilisation dans les candidatures académiques est devenue un signal négatif. Les responsables pédagogiques y voient un manque d'investissement personnel, voire une forme de malhonnêteté intellectuelle. « Un étudiant qui n'est pas capable de rédiger seul une lettre de motivation, comment va-t-il rédiger un mémoire de recherche ? », s'interroge un professeur d'économie.
Pour les candidats de cette promotion 2026, le message est clair. L'intelligence artificielle a nivelé le bas : les lettres médiocres ont disparu, mais les lettres exceptionnelles aussi. Dans cette mer de perfection artificielle, c'est l'imperfection humaine, la singularité d'un parcours, la précision d'un projet qui feront la différence. Le meilleur conseil tient en une phrase : écrivez ce que ChatGPT ne pourra jamais écrire à votre place — votre propre histoire.