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Mort de Quentin à Lyon : quand deux bandes armées s'affrontent sur la voie publique

La mort de Quentin Deranque, 23 ans, militant identitaire battu à mort le 12 février à Lyon en marge d'une conférence de l'eurodéputée LFI Rima Hassan, a provoqué une onde de choc nationale. Mais au-delà de l'émotion et de la récupération politique, une question fondamentale se pose : comment en est-on arrivé à laisser deux bandes rivales, armées et cagoulées, s'affronter en pleine rue sans que personne n'intervienne ?

Les faits sont désormais mieux établis. Jeudi 12 février, aux alentours de 18 heures, non loin de l'Institut d'études politiques de Lyon, une trentaine de personnes se retrouvent face à face. D'un côté, des militants d'ultradroite venus assurer la sécurité du collectif Némésis. De l'autre, des individus qualifiés d'antifascistes, certains proches de la Jeune Garde, mouvement dissous en juin 2025 par le ministère de l'Intérieur pour « agissements violents ». Selon le procureur de Lyon Thierry Dran, Quentin Deranque, isolé de son groupe, « a été jeté au sol et frappé par au moins six individus » masqués et cagoulés. Il souffrait d'un « traumatisme crânio-encéphalique majeur », des lésions jugées « au-delà de toute ressource thérapeutique ». Il est mort deux jours plus tard.

Ce qui frappe dans cette affaire, c'est le degré de préparation des deux camps. Un témoin interrogé par TF1 décrit la scène : « Deux groupes qui se faisaient face à face, d'une vingtaine de personnes à peu près par groupe. » D'autres témoignages évoquent des individus « positionnés aux deux angles de la rue, armés et cagoulés, équipés de casques de moto, béquilles, gazeuses ». L'avocat de la famille Deranque, maître Rajon, dénonce quant à lui « un guet-apens méthodiquement préparé » par des « individus organisés et entraînés, en très large surnombre ».

Deux versions, une même impasse sécuritaire

Car les versions s'affrontent autant que les bandes elles-mêmes. Pour le camp identitaire, Quentin a été victime d'une embuscade meurtrière préméditée. Pour les milieux antifascistes, ce sont au contraire les militants d'extrême droite qui sont venus en commando, « une vingtaine de nervis cagoulés, équipés de barres de fer », pour en découdre. L'enquête, requalifiée en « homicide volontaire » avec les circonstances aggravantes de dissimulation du visage et port d'armes, devra démêler ces récits contradictoires.

Neuf personnes ont été interpellées mardi 17 février et placées en garde à vue. Parmi elles, six sont soupçonnées d'avoir directement participé au passage à tabac. Jacques-Élie Favrot, assistant parlementaire du député LFI Raphaël Arnault — lui-même cofondateur de la Jeune Garde —, figure parmi les suspects arrêtés en Isère. Plusieurs des interpellés étaient fichés S pour leur appartenance au mouvement antifasciste dissous.

La rue, terrain de guerre entre extrémismes

Mais le vrai scandale réside ailleurs. Comment des groupes organisés, armés de barres de fer, de béquilles, de gazeuses, cagoulés et casqués, peuvent-ils se donner rendez-vous sur la voie publique pour s'affronter sans que les forces de l'ordre ne soient en mesure de l'empêcher ? La dissolution de la Jeune Garde en 2025, loin d'avoir résolu le problème, semble n'avoir fait que le déplacer dans la clandestinité. Ses anciens membres continuent visiblement d'agir, tandis que les groupes d'ultradroite se structurent eux aussi pour le combat de rue.

La récupération politique, elle, bat son plein. « C'est manifestement l'ultragauche qui l'a tué », a lancé le ministre de la Justice Gérald Darmanin, pointant la responsabilité de LFI. Marine Le Pen a qualifié les agresseurs de « terroristes ». Manuel Bompard, coordinateur de LFI, a nié « tout lien » entre son mouvement et l'agression. L'Assemblée nationale a observé une minute de silence. Autant de postures qui ne répondent pas à la question essentielle : que fait l'État pour empêcher ces affrontements entre groupes radicaux de se reproduire ?

La famille de Quentin Deranque réclame la requalification des faits en « meurtre en bande organisée » et appelle « au calme et à la retenue ». Elle refuse que la mort de leur fils soit réduite à « une simple bagarre entre deux bandes rivales ». C'est pourtant exactement ce que les faits décrivent : deux groupes venus armés, décidés à en découdre, et un jeune homme de 23 ans qui en paie le prix de sa vie. La justice devra établir les responsabilités individuelles. Mais c'est bien la responsabilité collective — politique, sécuritaire, sociétale — qui est en jeu.

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