sfy39587stp17
Aller au contenu principal

Ramadan 2026 : Hilal France au cœur de la polémique sur le croissant lunaire

Le début du Ramadan 2026 en France a donné lieu à une polémique inédite, opposant la Grande Mosquée de Paris au Conseil Français du Culte Musulman (CFCM) et à l'association Hilal France. Deux dates – le mercredi 18 ou le jeudi 19 février – ont divisé la communauté musulmane hexagonale, mettant en lumière les tensions persistantes autour de l'observation du croissant lunaire.

La controverse a éclaté dès le mardi 17 février au soir, lors de la traditionnelle « nuit du doute » organisée par la Grande Mosquée de Paris. À l'issue de cette soirée, le recteur Chems-Eddine Hafiz a annoncé que le mois sacré débuterait dès le lendemain, mercredi 18 février. Une décision immédiatement contestée par plusieurs instances et experts.

Car les données astronomiques sont formelles : la conjonction lunaire a eu lieu le 17 février à 13h01, heure de Paris. « Il ne restait que cinq à six heures avant le coucher du soleil, soit beaucoup trop peu pour permettre de voir le croissant », a expliqué le professeur d'astronomie Marc Buonomo. L'astrophysicienne Fatoumata Kebe a confirmé : « L'observation du croissant lunaire est astronomiquement impossible ce soir-là, nulle part à la surface de la Terre. »

C'est précisément ce constat qui a conduit Hilal France, l'observatoire lunaire fondé en 2025, à maintenir son protocole d'observation pour le mercredi 18 février au soir. Présente dans plusieurs villes du territoire, l'association a mobilisé ses équipes d'observateurs qui, conformément à leur méthodologie rigoureuse, n'avaient logiquement rien pu observer le mardi soir.

Deux camps, deux légitimités

D'un côté, la Grande Mosquée de Paris et le Conseil théologique musulman de France (CTMF) ont retenu la date du mercredi 18 février. Le CTMF s'appuie sur un argument précis : les conditions de visibilité du croissant étaient réunies en Polynésie française, et l'intention de jeûner pouvait être formulée avant l'aube en Europe et en Afrique. De l'autre, le CFCM, la Grande Mosquée de Reims et Hilal France ont fixé le premier jour de jeûne au jeudi 19 février, estimant que le croissant ne serait visible à l'œil nu que le mercredi soir.

Sur le plan international, l'Arabie saoudite et huit autres pays – Émirats arabes unis, Liban, Irak, Palestine, Qatar, Yémen, Koweït et Bahreïn – avaient annoncé avoir aperçu le croissant dès le mardi soir. Des témoignages qui ont suscité le scepticisme de la communauté scientifique, compte tenu de l'impossibilité astronomique établie.

Le Dr Mohamed Najah, théologien, a tenu à replacer le débat dans son contexte historique : « La vision n'est pas une adoration en soi, c'est simplement un moyen de savoir que le mois commence. À l'époque prophétique, le calcul astronomique était impossible, mais les contextes évoluent. » Il souligne une contradiction : « Les musulmans acceptent le calcul astronomique pour les horaires de prière, pourquoi le refuser pour déterminer le début du Ramadan ? »

Hilal France, un acteur encore jeune mais déterminé

Fondée à la veille du Ramadan 2025, l'association Hilal France entend faire revivre la pratique prophétique de l'observation visuelle du croissant lunaire. Chaque mois de l'année, ses bénévoles se déploient sur l'ensemble du territoire hexagonal pour tenter d'apercevoir le hilal. Pour ce Ramadan 2026, l'organisation a maintenu une rigueur scientifique saluée par de nombreux fidèles, refusant de valider une observation jugée impossible par les astronomes.

Cette polémique, loin d'être anecdotique, révèle les fractures institutionnelles qui traversent l'islam de France. L'absence d'une autorité religieuse unifiée conduit chaque année à des annonces contradictoires qui désorientent les fidèles. Face à ce constat, plusieurs instances islamiques d'Europe, de Turquie et d'Amérique ont annoncé leur intention de se réunir après le Ramadan afin d'harmoniser leurs pratiques pour l'avenir.

En attendant, les responsables religieux ont unanimement appelé au calme et au respect mutuel. Comme le rappellent les théologiens, chaque avis repose sur un raisonnement légitime, et le jeûne demeure valide dans les deux cas, dès lors qu'il s'appuie sur un avis religieux reconnu et une intention sincère.

sfy39587stp16