Algérie : un mois pour connecter toutes les administrations publiques
En Conseil des ministres le 12 juillet 2026, le président Abdelmadjid Tebboune a imposé un délai d'un mois pour réaliser l'interconnexion de toutes les administrations publiques au Centre national des données. Cette directive s'inscrit dans l'accélération du processus de numérisation de l'État algérien et vise à élargir considérablement les services numériques accessibles aux citoyens.
Cette décision intervient une semaine après l'inauguration officielle du Portail national des services numériques « Dzair Digital Services » (dzds.dz) par le chef de l'État, le 5 juillet, à l'occasion du 64e anniversaire de l'Indépendance. Selon la ministre et Haut-commissaire à la numérisation, Meriem Benmouloud, ce portail « n'est pas une simple plateforme électronique, mais l'aboutissement d'un écosystème numérique souverain et intégré ». L'interconnexion des administrations constitue donc la colonne vertébrale technique permettant à cette plateforme de fonctionner pleinement.
Concrètement, relier les administrations entre elles permettra de résoudre un problème que tout citoyen algérien connaît bien : devoir fournir les mêmes documents à chaque guichet administratif. Lorsque les systèmes publics communiquent, les données circulent automatiquement d'une institution à l'autre, évitant aux usagers de multiplier les démarches et les attestations. Ce qui prend aujourd'hui plusieurs jours et nécessite des déplacements multiples pourra se faire en quelques clics depuis un ordinateur ou un smartphone.
Une infrastructure numérique souveraine certifiée
Le Centre national des données, présenté comme la première infrastructure numérique souveraine du pays, comprend deux centres implantés à Alger et Blida. Conçus selon les standards internationaux, ces centres offrent une disponibilité de 99,98% et ont obtenu en février 2026 la certification Tier III Design délivrée par l'Uptime Institute. Cette certification garantit la fiabilité et la résilience de l'infrastructure face aux pannes ou incidents techniques.
L'exploitation de ces centres de données devrait héberger l'ensemble des données des administrations publiques, garantir la continuité des services numériques et assurer l'interopérabilité entre les différents secteurs de l'État. Le Conseil des ministres a d'ailleurs approuvé un marché par négociation directe avec l'entreprise chinoise Huawei pour accélérer le déploiement, compte tenu du caractère urgent du projet. La dématérialisation des services publics s'inscrit dans une tendance plus large de transformation numérique que connaît l'Algérie.
Une ambition qui dépasse la simple administration électronique
Le portail Dzair Digital Services offre désormais un point d'accès unifié à des dizaines de services administratifs gouvernementaux, allant des attestations d'état civil aux services de sécurité sociale et de justice. Mais la vision va plus loin : en validant en mai dernier la stratégie nationale pour l'intelligence artificielle lors d'un Conseil du gouvernement, les autorités algériennes affichent leur volonté de faire de la numérisation un levier d'attractivité économique et de débureaucratisation.
Plusieurs réformes importantes sont entrées en vigueur début 2026, notamment l'unification des bases de données nationales pour faciliter les échanges entre administrations et la digitalisation complète de l'exécution budgétaire. Ces mesures s'inscrivent dans la vision « Algérie Numérique 2030 », qui vise à préparer le terrain pour que les entreprises et les citoyens bénéficient pleinement de la transformation digitale. Les entreprises publiques comme Naftal ont déjà pris le virage du numérique.
En parallèle, le président Tebboune a également décidé que l'allocation touristique serait désormais versée provisoirement par carte bancaire, afin de limiter les détournements et de mieux tracer les paiements. Une décision qui illustre la volonté d'utiliser le numérique comme outil de bonne gouvernance et de transparence dans la gestion des deniers publics. Malgré ces avancées, l'Algérie reste classée 116e mondiale selon l'indice de développement de l'e-gouvernement des Nations unies, avec un score de 0,5956 sur 1, au-dessus des moyennes africaine et sous-régionale, mais en dessous de la moyenne mondiale de 0,6382. Le défi du délai d'un mois fixé par le président sera donc un test crucial pour mesurer la capacité de l'État algérien à accélérer sa modernisation numérique.