Municipales à Marseille : Vassal revendique « Travail, Famille, Patrie », Payan évoque Pétain
Le premier grand débat télévisé des municipales 2026 à Marseille, diffusé jeudi 19 février sur BFMTV, a offert un moment de tension particulièrement vif. Martine Vassal, candidate Les Républicains, a déclaré que ses valeurs étaient « le mérite, le travail, la famille, la patrie ». Benoît Payan, maire sortant, lui a immédiatement rétorqué que « Travail, Famille, Patrie » était la devise du régime de Vichy sous le maréchal Pétain. Un échange qui a marqué les esprits et relancé le débat sur les lignes idéologiques de la droite marseillaise.
Ils étaient quatre face à face, jeudi soir, sur le plateau installé au Palais de la Bourse à Marseille. Benoît Payan pour le Printemps marseillais, Martine Vassal pour le bloc central droit, Sébastien Delogu pour La France insoumise et Franck Allisio pour le Rassemblement national. Le débat, animé par Apolline de Malherbe en partenariat avec La Provence et Le Figaro, était le premier à réunir les quatre candidats susceptibles de se qualifier pour le second tour des élections des 15 et 22 mars.
D'emblée, le ton a été donné. Sébastien Delogu, député des Bouches-du-Rhône, a ouvert les hostilités en lançant des attaques frontales contre ses trois adversaires, les qualifiant de représentants d'un « vieux système politique » dont les élus sont « mis en cause » ou « condamnés ». « Ces gens-là vont vous faire des promesses qu'ils ne tiendront pas et avec moi, c'est terminé », a-t-il assené.
« Ce sont mes valeurs » : Vassal assume malgré la comparaison avec Vichy
Mais c'est l'échange entre Martine Vassal et Benoît Payan qui a constitué le moment le plus marquant de la soirée. Interrogée sur ses convictions, la présidente de la Métropole Aix-Marseille-Provence a affirmé sans détour que ses valeurs, qui « n'ont jamais changé », sont « le mérite, le travail, la famille, la patrie », y ajoutant « l'humanité et la solidarité ».
La réaction ne s'est pas fait attendre. Benoît Payan a immédiatement relevé la correspondance entre cette trilogie et la devise du régime de Vichy, qui avait remplacé « Liberté, Égalité, Fraternité » entre 1940 et 1944. Face à cette interpellation, Martine Vassal n'a pas reculé : « D'accord, mais c'est mon slogan et ce sont mes valeurs », a-t-elle répliqué. « C'est ainsi. »
Cette séquence a immédiatement enflammé les réseaux sociaux et relancé les interrogations sur le positionnement idéologique de la candidate, qui rassemble derrière elle Les Républicains, Horizon et Renaissance. Une alliance de centre-droit qui se retrouve questionnée sur ses références historiques à un mois du scrutin.
Un débat sous haute tension entre sécurité et alliances
Au-delà de cette polémique, le débat a abordé les grands enjeux de la campagne marseillaise. La sécurité, thème central, a donné lieu à des passes d'armes nourries. Franck Allisio, crédité de 29 à 31 % dans les sondages au coude-à-coude avec Payan, a promis de faire de la police municipale « la première de France » et a défendu son projet de « pass anti-racailles ». Le candidat RN, soutenu par l'UDR et Reconquête, a également demandé à Martine Vassal de se retirer au second tour pour faire barrage à la gauche.
Benoît Payan, qui se présente en rassembleur, a refusé de répondre aux invectives. « Ce soir, je ne répondrai ni aux insultes, ni aux invectives. Ce qui m'intéresse, c'est Marseille et celles et ceux qui l'habitent », a déclaré le maire sortant. Interrogé sur un éventuel rapprochement avec La France insoumise au second tour, il a fermé la porte, tandis que Sébastien Delogu a affirmé vouloir « créer les conditions d'une union à gauche pour faire barrage à l'extrême droite ».
Le débat a également été marqué par l'ombre de l'affaire Quentin, du nom de ce jeune homme tué dans un contexte lié à la violence politique. Trois mises en examen ont été annoncées le soir même, dont celle de Jacques Ellie Favre, assistant parlementaire d'un député La France insoumise, pour meurtre. Sébastien Delogu, qui s'exprimait pour la première fois publiquement depuis ce drame, lui a rendu hommage en ouverture du débat.
À moins d'un mois du premier tour, ce débat a confirmé la configuration inédite du scrutin marseillais : une quadrangulaire serrée où chaque candidat tente de se démarquer. Selon le dernier sondage Elabe pour BFMTV et La Provence, Benoît Payan et Franck Allisio sont au coude-à-coude en tête (autour de 30 %), suivis de Martine Vassal (23 %) et Sébastien Delogu (14 %). Mais c'est bien la séquence « Travail, Famille, Patrie » qui risque de rester dans les mémoires comme le moment clé de cette soirée, tant elle cristallise les fractures idéologiques d'une campagne qui ne ressemble à aucune autre dans l'histoire de Marseille.