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Sandrine Rousseau contre le retour forcé à l'emploi : le débat à l'Assemblée

Le 20 mai 2026, la Commission des affaires sociales de l'Assemblée nationale a examiné plusieurs textes majeurs sur le travail et la protection sociale : la réforme de l'assurance chômage après rupture conventionnelle, la pérennisation du contrat de professionnalisation expérimental et la garantie d'un revenu mensuel aux nouveaux retraités. La séance a été marquée par l'intervention de la députée écologiste Sandrine Rousseau, qui s'est fermement exprimée contre la logique de retour forcé à l'emploi portée par ces textes.

La réunion de commission du mercredi 20 mai 2026, présidée par Frédéric Valletoux (Seine-et-Marne), s'inscrivait dans un contexte politique tendu. Le Sénat venait d'adopter définitivement, le 18 mai 2026, la transposition législative d'un accord entre partenaires sociaux concernant la réforme de l'assurance chômage après rupture conventionnelle individuelle — un texte jugé profondément inégalitaire par la gauche et les organisations syndicales qui lui sont hostiles. L'Assemblée nationale est appelée à se prononcer lors d'un vote prévu le 26 mai.

La réforme au cœur des débats vise à réduire la durée maximale d'indemnisation chômage pour les salariés ayant signé une rupture conventionnelle individuelle avec leur employeur. Concrètement, pour les travailleurs de moins de 55 ans, la durée d'indemnisation passerait de 18 à 15 mois. Pour les travailleurs de 57 ans et plus, la réduction serait encore plus marquée : de 27 à 20,5 mois d'indemnisation. Le gouvernement justifie cette réforme par des chiffres : les ruptures conventionnelles représentent 19 % des ouvertures de droits à l'assurance chômage en 2024, mais absorbent un quart des dépenses totales, soit 9,4 milliards d'euros — un montant en hausse de 63 % entre 2015 et 2024.

Rousseau dénonce une vision réductrice du marché du travail

C'est dans ce contexte que Sandrine Rousseau, députée Écologiste et Social de la 9e circonscription de Paris, a pris la parole pour s'opposer à la philosophie générale des textes examinés. Fidèle à ses positions connues sur la valeur-travail, la députée a remis en cause la pertinence d'une logique de retour à l'emploi précipité, rappelant que la durée d'indemnisation joue un rôle essentiel dans la qualité des reconversions professionnelles. Selon elle, réduire la durée d'indemnisation ne conduit pas nécessairement à une meilleure insertion sur le marché du travail, mais risque davantage de pousser les demandeurs d'emploi vers des postes inadaptés à leur profil ou à leurs qualifications.

Cette prise de position s'inscrit dans la continuité des analyses de la gauche écologiste, qui avait déjà exprimé son opposition lors du passage au Sénat. La sénatrice écologiste Raymonde Poncet Monge avait alors résumé la critique en une formule : « La réforme pénalise les salariés sans imposer aucune nouvelle contrainte aux employeurs. » Pour les Écologistes, le texte constitue une nouvelle attaque contre le filet de protection sociale des travailleurs, au moment même où les restructurations et les mobilités forcées s'accélèrent dans l'économie française.

La position de Sandrine Rousseau s'est heurtée à l'opposition des groupes de droite et du centre, qui défendent la réforme comme une mesure de responsabilisation et de rationalisation des dépenses publiques. Le gouvernement souligne que le dispositif de la rupture conventionnelle, créé en 2008, a connu une dérive : conçu à l'origine pour des séparations mutuellement consenties, il est aujourd'hui utilisé par certaines entreprises comme un outil de départ déguisé, permettant aux salariés de bénéficier de droits au chômage auxquels ils n'auraient pas accès en cas de démission.

Retraites et contrat de professionnalisation : les autres enjeux de la séance

Au-delà de l'assurance chômage, la commission a examiné deux autres textes. Le premier concerne la pérennisation du contrat de professionnalisation expérimental, un dispositif de formation en alternance destiné à faciliter l'accès à l'emploi des jeunes et des personnes en reconversion. Ce contrat, expérimenté depuis 2018, présente la particularité de permettre des formations sur mesure en dehors des certifications officielles, pour répondre aux besoins spécifiques des entreprises. Les Écologistes soutiennent globalement ce dispositif, à condition qu'il ne devienne pas un moyen de contourner les protections offertes par les contrats de travail classiques.

Le second texte porte sur la garantie d'un revenu mensuel à tout nouveau retraité dès l'entrée en jouissance de la pension. Cette mesure vise à mettre fin aux délais de carence parfois observés entre la fin de l'activité professionnelle et le versement effectif de la retraite, une situation qui peut plonger certains pensionnaires dans des difficultés financières temporaires. Sur ce point, les divergences politiques étaient moins marquées, le principe d'un revenu garanti dès le premier jour de la retraite faisant l'objet d'un consensus plus large entre les différents groupes parlementaires. Les questions de retraite mobilisent de plus en plus les Français en 2026, dans un contexte de révision continue des droits liés au travail.

La séance du 20 mai illustre les tensions profondes qui traversent le débat sur la protection sociale en France. D'un côté, le gouvernement et sa majorité relative cherchent à rationaliser les dépenses d'assurance chômage au nom de la soutenabilité financière du système. De l'autre, la gauche — et en particulier les Écologistes portés par des voix comme celle de Sandrine Rousseau — défend une vision dans laquelle la durée d'indemnisation est un investissement dans la qualité du retour à l'emploi, et non un simple frein à la mobilité du marché du travail.

Le vote à l'Assemblée nationale sur la réforme de l'assurance chômage après rupture conventionnelle est prévu pour le 26 mai 2026. Rappelons que le budget 2026, adopté après un troisième 49.3, comprend déjà plusieurs mesures sociales contestées par la gauche. Compte tenu de la configuration politique de l'hémicycle et du rejet du texte lors d'une précédente tentative, son adoption reste incertaine. Le débat s'annonce vif, et les interventions comme celle de Sandrine Rousseau en commission en sont le prélude. Cette séance du 20 mai restera comme un moment clé des discussions parlementaires sur la protection des travailleurs en France cette année.

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