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Antisionisme : Lecornu annonce une loi pour pénaliser « la négation d'un État »

Le Premier ministre Sébastien Lecornu a annoncé, mercredi 19 février, lors du 40e dîner annuel du Conseil représentatif des institutions juives de France (Crif) au Carrousel du Louvre, que la proposition de loi visant à pénaliser l'antisionisme serait inscrite à l'ordre du jour du Parlement « dès le mois d'avril ». Une annonce qui enflamme le débat politique français, entre volonté affichée de lutter contre l'antisémitisme et crainte d'une restriction des libertés d'expression.

Devant un parterre d'environ mille convives, dont une vingtaine de ministres, le chef du gouvernement a confirmé le soutien de l'exécutif à la proposition de loi portée par la députée Renaissance Caroline Yadan. Ce texte, présenté fin janvier à l'Assemblée nationale mais non examiné faute de temps, sera soumis au Parlement dans une version « enrichie par le Conseil d'État », a précisé le Premier ministre.

Concrètement, la proposition de loi prévoit la création d'un nouveau délit punissant de cinq ans d'emprisonnement et de 75 000 euros d'amende le fait de « provoquer à la destruction ou à la négation d'un État ». Le texte vise également à élargir le délit d'apologie du terrorisme et à instaurer l'inéligibilité pour propos antisémites et racistes.

« L'antisionisme contemporain est devenu le masque du vieil antisémitisme »

« Se dire antisioniste, c'est contester le droit même à Israël d'exister », a martelé Sébastien Lecornu. Le Premier ministre a toutefois insisté sur la nécessité de pouvoir « critiquer un régime », tout en jugeant que la distinction entre « sionistes » et « juifs » constitue « une stratégie qui permet d'exclure sans le dire ». « C'est ainsi que les vieilles haines prospèrent », a-t-il ajouté.

Le président du Crif, Yonathan Arfi, avait ouvert la soirée en s'appuyant sur les chiffres du ministère de l'Intérieur : « En 2025, 1 320 actes antisémites ont été recensés. Comment expliquer que les juifs, moins de 1 % de la population, soient la cible de 53 % des actes antireligieux dans notre pays ? » Il a par ailleurs mis en cause plusieurs élus de La France insoumise, citant Rima Hassan, Aymeric Caron, David Guiraud et Thomas Portes, et qualifiant LFI de « danger existentiel pour les Français juifs ».

Sur la scène internationale, Sébastien Lecornu a appelé officiellement à la démission de Francesca Albanese, rapporteure spéciale de l'ONU pour les territoires palestiniens, estimant que certaines de ses prises de position « décrédibilisent profondément la parole internationale ».

Des oppositions virulentes à gauche

L'annonce a immédiatement déclenché une levée de boucliers, notamment à gauche. Le député Aymeric Caron a vivement réagi : « Nous serons présents dans l'hémicycle pour combattre cette loi infâme », dénonçant une ligne politique qu'il juge contraire au droit international. Les opposants au texte y voient un amalgame entre identité juive et État d'Israël, ainsi qu'une tentative de brider toute critique de la politique du gouvernement de Benyamin Nétanyahou.

La question divise bien au-delà de l'hémicycle. Des juristes et des défenseurs des libertés publiques s'interrogent sur la portée d'un texte qui pénaliserait des positions politiques, fussent-elles choquantes. Confondre la haine des juifs et la critique d'un projet politique reviendrait, selon eux, à déplacer la frontière entre opinion et délit, au risque de fragiliser l'universalité du combat antiraciste.

Si le gouvernement Lecornu peine à dégager des majorités stables à l'Assemblée, la droite française devrait soutenir le texte, lui offrant les voix nécessaires à son adoption. Le Crif a par ailleurs appelé le Parti socialiste à rompre avec LFI à l'approche des élections municipales, ajoutant une dimension électorale à un débat déjà hautement inflammable.

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