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La Voie est Libre à Marseille : entre succès populaire et grogne des riverains

Ce dimanche 22 février, la Corniche Kennedy a de nouveau été fermée à la circulation automobile pour la 34e édition de La Voie est Libre. Si des milliers de Marseillais ont profité d'une journée festive en bord de mer, l'événement continue de susciter la colère de certains riverains, notamment ceux du village de Malmousque, qui se sentent littéralement « enfermés » dans leur quartier à chaque édition.

De 10 heures à 18 heures, les quatre kilomètres de la Corniche, de la rue Capitaine-Dessemond au parc Talabot, se sont transformés en une vaste promenade piétonne. Jazz, gospel, flamenco, yoga face à la mer, mur d'escalade, tir à l'arc, ateliers créatifs : quinze zones d'animation ont rythmé cette première édition de l'année 2026. Les food trucks ont pris position le long du parcours, tandis que rosalies et vélos-pousse circulaient entre les familles.

Le dispositif, lancé en 2021 et devenu mensuel au printemps et à l'automne, a franchi la barre des 230 000 participants cumulés en 2024. La municipalité y voit la preuve d'un « changement profond des habitudes de mobilité », selon Audrey Gatian, adjointe au maire en charge de la mobilité. Les chiffres d'AtmoSud lui donnent raison sur le plan environnemental : la fermeture de la circulation entraîne une baisse de 40 % des concentrations en dioxyde d'azote à Malmousque et de 20 % aux Prophètes.

À Malmousque, un sentiment d'enfermement

Mais derrière les chiffres de fréquentation et les indicateurs de qualité de l'air, la réalité est plus nuancée pour les 1 600 à 1 900 habitants de Malmousque. Ce village de pêcheurs historique, niché sur une presqu'île, ne dispose que d'une seule sortie véhiculée : la rue Boudouresque, qui débouche directement sur la Corniche. Quand celle-ci est fermée, les résidents sont coupés du reste de la ville.

« Ces deux derniers mois, on s'est retrouvés enfermés quatre fois », témoigne Jacques Bocobza, résident de Malmousque. « C'est devenu un vrai casse-tête pour faire des courses, recevoir nos familles, nos aînés, nos amis, partir ou revenir de voyage. Les gens ici sont favorables à la piétonnisation, mais ne veulent pas sans arrêt être bloqués. »

Pour quitter leur quartier les jours de Voie est Libre, les habitants doivent solliciter une escorte policière, une procédure jugée lourde et décourageante. Un riverain raconte avoir dû reprogrammer un voyage en Angleterre après un changement de date de l'événement dont il n'avait pas été informé à temps.

La mairie assume et promet des ajustements

Face à ces critiques, Audrey Gatian défend le dispositif. « La voiture n'est pas le seul mode de déplacement à Marseille, c'est justement l'enjeu de La Voie est Libre, faire évoluer progressivement les habitudes », rétorque l'élue. La municipalité met en avant les voiturettes électriques et les vélos-pousse mis à disposition des personnes âgées ou à mobilité réduite. Un parking accessible est également aménagé à l'entrée du parc Talabot.

Du côté des commerçants, le bilan est également contrasté. Si les food trucks profitent pleinement de l'affluence, les restaurateurs installés sur la Corniche se sentent insuffisamment associés. Marc Thépot, président de l'Office métropolitain de tourisme et des congrès, appelait déjà à « impliquer plus les restaurateurs, jouer collectif ». La ville envisage par ailleurs d'étendre le dispositif à d'autres quartiers, notamment dans les quartiers Nord, après l'abandon des tentatives de piétonnisation à l'Estaque, jugées trop complexes sur une route départementale.

La prochaine édition de La Voie est Libre est programmée le dimanche 23 novembre. D'ici là, riverains et municipalité devront trouver un terrain d'entente pour que la fête profite à tous, sans laisser personne sur le bord de la route.

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