Marche pour Deranque à Lyon : un collaborateur RN lié aux néofascistes
Alors qu'une marche d'hommage au militant identitaire Quentin Deranque se tient ce samedi 21 février à Lyon sous haute tension, Mediapart révèle que l'un des organisateurs de l'appel à défiler, Vincent Claudin, est l'attaché parlementaire de la députée RN de la Drôme Lisette Pollet. L'homme, qui se présente comme un ami du jeune homme tué, affirme avoir quitté en 2024 le groupuscule antisémite Lyon populaire, dissous depuis par le gouvernement.
Le 12 février dernier, Quentin Deranque, étudiant de 23 ans et militant identitaire, était violemment frappé par au moins six individus cagoulés dans la rue Victor-Lagrange, dans le 7e arrondissement de Lyon. L'agression survenait en marge d'une conférence de l'eurodéputée LFI Rima Hassan à Sciences Po Lyon, que le collectif fémonationaliste Némésis entendait perturber. Deux jours plus tard, le 14 février, le jeune homme succombait à ses blessures, victime d'un « traumatisme cranioencéphalique majeur », selon le médecin légiste.
Sa mort a provoqué une onde de choc politique, faisant de Lyon l'épicentre d'un affrontement entre ultradroite et ultragauche qui secoue la France entière. Sept suspects, liés à la mouvance antifasciste et proches de la Jeune Garde dissoute en juin 2025, ont été mis en examen. Parmi eux, Jacques-Élie Favrot, ex-assistant parlementaire du député LFI Raphaël Arnault, poursuivi pour « complicité d'homicide volontaire par instigation ».
Un collaborateur du RN passé par Lyon populaire
Mais c'est désormais du côté de l'extrême droite que les révélations s'accumulent. Selon les informations de Mediapart, Vincent Claudin, qui a relayé sur les réseaux sociaux l'appel à manifester en hommage à son « ami » Quentin Deranque, est en réalité attaché parlementaire de Lisette Pollet, députée Rassemblement national de la 2e circonscription de la Drôme, également conseillère régionale d'Auvergne-Rhône-Alpes.
Plus embarrassant pour le parti de Jordan Bardella : Claudin a appartenu au groupuscule Lyon populaire, une organisation qualifiée d'« antisémite » par l'historien Nicolas Lebourg, qui y voit un « fond idéologique clairement fasciste ». L'intéressé assure avoir quitté cette structure en 2024, soit un an avant sa dissolution par décret en Conseil des ministres, en juin 2025, pour « apologie de la collaboration avec le nazisme » et provocation « à la haine envers les étrangers ».
Ce cas n'est pas isolé. L'équipe de la députée Pollet est déjà dans le viseur. Selon une note du renseignement territorial, une autre de ses collaboratrices, Clotilde Guéry, a été identifiée lors d'un rassemblement du groupe néofasciste Auctorum. Son frère milite dans cette organisation et leur père est connu pour évoluer « au sein de l'ultradroite pétainiste », selon les agents. À Montélimar, la députée RN fréquente par ailleurs le bar Le Cocorico, lieu de sociabilité partagé entre identitaires, néofascistes et cadres locaux du RN.
Une marche sous haute tension
La marche d'hommage à Quentin Deranque, autorisée malgré les demandes d'interdiction du maire écologiste Grégory Doucet, devait rassembler environ un millier de militants d'ultradroite ce samedi à 15 heures, place Jean-Jaurès. Le cortège devait parcourir 1,4 kilomètre jusqu'au lieu de l'agression. Plus de 500 policiers ont été mobilisés.
L'organisatrice officielle, Aliette Espieux, ancienne porte-parole de la Marche pour la vie, est elle-même mariée à Eliot Bertin, ancien dirigeant de Lyon populaire, désormais actif au sein d'Audace Lyon, la structure qui a pris le relais après la dissolution. Quentin Deranque y était lui aussi « actif », selon Mediapart, après avoir cofondé en mai 2025 Les Allobroges, un groupuscule néofasciste basé à Bourgoin-Jallieu.
La famille du jeune homme a appelé au calme et annoncé qu'elle ne participerait pas à l'événement, souhaitant un rassemblement sans expression politique. Le RN, par la voix de Jordan Bardella, a finalement appelé ses élus à ne pas se rendre aux manifestations, « sauf situation locale très particulière ». Mais le malaise persiste : ces révélations illustrent une nouvelle fois la porosité entre le parti lepéniste et les franges les plus radicales de l'extrême droite française, un phénomène documenté par StreetPress qui a recensé plus d'une dizaine de collaborateurs parlementaires RN épinglés depuis les législatives de 2024 pour leurs accointances néofascistes.