Tesla en chute libre : quand l'engagement politique de Musk plombe la marque
Tesla, jadis symbole de la révolution électrique et de l'innovation technologique, traverse la pire crise de son histoire. En 2025, le constructeur américain a enregistré une chute de 8,6 % de ses livraisons mondiales, perdant son titre de premier vendeur mondial de véhicules électriques au profit du chinois BYD. En cause : l'engagement politique toujours plus radical d'Elon Musk, qui a transformé une marque autrefois plébiscitée par les consommateurs écologistes en un repoussoir pour une large partie de sa clientèle historique.
Les chiffres sont sans appel. Sur l'ensemble de l'année 2025, Tesla n'a livré que 1,64 million de véhicules, contre 1,79 million l'année précédente. Le chiffre d'affaires annuel a reculé pour la première fois depuis l'entrée en Bourse du groupe, s'établissant à 94,83 milliards de dollars, en baisse de 3 %. Au quatrième trimestre, les livraisons ont plongé de 15,6 % sur un an, manquant les attentes de Wall Street. « Nous luttons pour trouver un équivalent dans l'histoire de l'industrie automobile, où une marque a perdu autant de valeur aussi rapidement », ont écrit les analystes de JP Morgan dans une note.
C'est en Europe que la déroute est la plus spectaculaire. Alors que le marché continental des véhicules électriques progressait de 20 % en moyenne, Tesla voyait ses immatriculations fondre de 27,8 %. En Allemagne, premier marché européen et site de l'unique usine Tesla du continent, les ventes ont été divisées par deux. En France, elles ont chuté de 58 %. En Suède, le plongeon atteint 67 %. Les analystes de Dataforce projettent que la part de marché de Tesla en Europe tombera à 0,9 % en 2026, contre 2,3 % deux ans plus tôt.
Un PDG devenu le problème
Le lien entre l'effondrement commercial et l'activisme politique d'Elon Musk ne fait plus guère de doute. Après avoir injecté 288 millions de dollars dans la campagne de Donald Trump en 2024, le milliardaire a pris la tête du Department of Government Efficiency (DOGE), une structure chargée de tailler dans les dépenses fédérales. Il a supervisé des coupes massives dans la fonction publique et le démantèlement de programmes environnementaux, provoquant la colère de la base historique de Tesla : les acheteurs sensibles à l'écologie et au progrès technologique.
Une étude de l'université de Yale a mesuré l'ampleur des dégâts : les « actions polarisantes et partisanes » de Musk auraient coûté à Tesla entre 1 et 1,26 million de ventes aux États-Unis, tout en dopant les ventes de ses concurrents de 17 à 22 %. La valeur de marque du constructeur est passée de 66,2 milliards de dollars en 2023 à 27,6 milliards début 2026, selon Brand Finance. Sur des critères comme la « réputation, la recommandation, la confiance et l'attrait », Tesla a connu une chute vertigineuse, particulièrement en Europe et au Canada.
Le mouvement Tesla Takedown, né en février 2025, a amplifié le phénomène. Des manifestations ont été organisées devant les concessions Tesla dans plus de 250 villes à travers le monde. En ce 21 février 2026, des dizaines d'actions sont encore prévues à Los Angeles, Chicago, Boston ou Palo Alto. Selon un sondage, 31 % des propriétaires de Tesla ont vendu ou envisagent de vendre leur véhicule en raison des positions de Musk. Sur le marché de l'occasion, le nombre de Tesla en vente a bondi de 48 % en un an.
Un avenir incertain entre robots et robotaxis
Face à la crise, Musk a quitté ses fonctions au DOGE en mai 2025, reconnaissant que son engagement politique avait provoqué « un certain contrecoup ». Mais le mal est fait. Le conseil d'administration de Tesla envisagerait désormais de lui trouver un remplaçant au poste de PDG. L'action, qui avait atteint 479 dollars en décembre 2024, a depuis perdu 45 % de sa valeur.
Plutôt que de reconquérir ses clients automobiles, le patron de Tesla a choisi la fuite en avant technologique. Il a annoncé l'arrêt progressif des Model S et Model X pour libérer des capacités de production destinées aux robots humanoïdes Optimus et aux futurs robotaxis autonomes. Une stratégie risquée, alors que la concurrence s'intensifie : BYD a vendu 2,26 millions de véhicules électriques en 2025, et en France, la Renault R5 électrique a détrôné Tesla au sommet des ventes.
L'histoire de Tesla est celle d'un paradoxe devenu tragédie industrielle. Une entreprise qui a révolutionné le marché automobile et converti des millions de conducteurs à l'électrique se retrouve victime de l'hubris de son fondateur. Pour les analystes, la question n'est plus de savoir si Tesla survivra, mais si la marque pourra un jour se débarrasser de l'ombre envahissante de Musk. En attendant, les concessions se vident et les parkings de revente se remplissent.