Salon de l'Agriculture : un "rail" géant de farine pour piéger Macron
Au Salon de l'Agriculture 2026, des agriculteurs en colère ont trouvé une manière aussi provocante qu'humoristique de faire parler d'eux : un immense « rail » de poudre blanche – en réalité de la farine – disposé bien en évidence pour « attirer Macron hors de sa planque ». La vidéo de cette action coup de poing, largement partagée sur les réseaux sociaux, est devenue virale en quelques heures, ravivant à la fois le débat sur la crise agricole et les moqueries sur le surnom de « poudré » attribué au chef de l'État.
Ce coup d'éclat s'inscrit dans le contexte d'une 62e édition du Salon historiquement tendue. Pour la première fois, aucun bovin n'a foulé les allées parisiennes, l'épidémie de dermatose nodulaire contagieuse ayant imposé des mesures sanitaires strictes. Même les volailles sont restées confinées en raison de la grippe aviaire. Un salon amputé, à l'image d'une profession qui se sent abandonnée.
Un président sous pression, entre boycotts et colère paysanne
L'inauguration du 21 février avait déjà donné le ton. Alors que la FNSEA et les Jeunes Agriculteurs honoraient le traditionnel petit-déjeuner avec le chef de l'État, la Coordination rurale et la Confédération paysanne ont boycotté l'événement. « Macron n'est pas le bienvenu ici », avait lancé un cadre de la Coordination rurale, qui reproche au gouvernement son inaction face à la crise des revenus agricoles, à l'accord UE-Mercosur et à l'explosion des charges.
Emmanuel Macron a tout de même déambulé pendant douze heures dans les travées d'un Salon privé de ses vaches. Un marathon où poignées de main et selfies ont vite cédé la place aux interpellations d'agriculteurs exaspérés. Le président de la Coordination rurale, Bertrand Venteau, a fini par accepter une rencontre de près de quatre heures avec le chef de l'État. Sans illusion : « Ça fait deux ans qu'on porte les mêmes choses, il a juste à les mettre en application », a-t-il déploré à la sortie.
L'affaire du « rail de farine » puise aussi dans une actualité récente embarrassante pour l'exécutif : le conseiller agriculture de Sébastien Lecornu à Matignon a été congédié après une overdose, un épisode qui a encore alimenté les railleries. Le surnom de « poudré », attribué à Macron par ses détracteurs depuis la période Covid, avait déjà fait l'objet d'une fake news mondiale en mai 2025, lorsqu'un simple mouchoir manipulé dans un train vers Kiev avait été présenté comme un « sachet de cocaïne » par le complotiste américain Alex Jones.
La vidéo qui enflamme les réseaux
La vidéo du rail de farine au Salon cumule des centaines de milliers de vues sur Facebook et a été massivement partagée avec les hashtags #MacronSeCache, #SalonDeLAgriculture et #PolitiqueFrançaise. Entre humour noir et désespoir sincère, cette action illustre la créativité d'agriculteurs à bout de souffle pour se faire entendre. Le Salon de l'Agriculture avait déjà été le théâtre de tensions lors de l'édition précédente.
Pour apaiser les esprits, Emmanuel Macron a réaffirmé sa volonté de « produire, préserver et protéger » l'agriculture française, promettant une réunion intersyndicale à l'Élysée. Des mots que les agriculteurs ont déjà entendus mille fois. « C'est un salon différent. On sent une tension entre les agriculteurs. C'est triste », résumait Marie Gardais, éleveuse de brebis dans la Haute-Vienne, entre deux allées désertées par les bovins.
Tandis que le Salon se poursuit jusqu'au 2 mars, l'attention se tourne déjà vers 2027. Le président de la FNSEA, Arnaud Rousseau, a annoncé attendre « le lancement de la présidentielle agricole ». Un signal clair : si le monde paysan rit jaune aujourd'hui avec ses rails de farine, il pourrait bien faire trembler les urnes demain.