Municipales 2026 à Paris : Grégoire veut inciter les écoles privées à la mixité sociale
À quelques semaines du premier tour des élections municipales à Paris, prévu le 15 mars 2026, Emmanuel Grégoire, candidat de l'union de la gauche et des écologistes, place la mixité sociale scolaire au cœur de sa campagne. L'ancien premier adjoint d'Anne Hidalgo propose un mécanisme de bonus-malus sur les dotations municipales aux écoles privées sous contrat, afin de les inciter à accueillir davantage d'élèves issus de milieux défavorisés.
La proposition n'est pas anodine dans une ville où la ségrégation scolaire atteint des niveaux records. À la rentrée 2024, 37,6 % des collégiens parisiens étaient scolarisés dans le privé sous contrat. Ces établissements accueillaient huit fois moins d'élèves issus de milieux défavorisés que les collèges publics : seulement 3 % contre 24 % dans le public. Une fracture sociale que le candidat socialiste entend résorber par la voie financière.
« Une école privée financée par l'impôt doit participer au service public », martèle Emmanuel Grégoire. « On ne peut pas tolérer un secteur privé en free style. Il n'y a pas de débat démocratique sur le sujet, c'est un non-dit », dénonce-t-il dans les colonnes du Café pédagogique. Le candidat réclame davantage de transparence sur les critères de recrutement des établissements privés et souhaite remettre en question le financement d'élèves non parisiens scolarisés dans des écoles privées de la capitale.
Un bonus-malus juridiquement fragile
Le principe est simple : récompenser financièrement les écoles privées qui jouent le jeu de la mixité et pénaliser celles qui sélectionnent leurs élèves au détriment de la diversité sociale. Mais selon l'analyse juridique des Surligneurs, la mesure se heurte à des obstacles de taille. L'article L.442-5 du code de l'éducation impose aux communes de financer les dépenses de fonctionnement des écoles privées sous contrat à parité avec les écoles publiques. Ce « forfait communal » obligatoire reste intouchable par la politique municipale.
Quant aux aides facultatives, elles ne peuvent être conditionnées aussi librement que le souhaiterait le candidat. Les Surligneurs qualifient la proposition de mesure « à nuancer », soulignant que sa faisabilité juridique reste incertaine malgré son intérêt social évident. Le cadre légal protège en effet l'autonomie des établissements privés sous contrat, limitant la capacité d'une municipalité à imposer des critères de recrutement par le levier financier.
Pour compléter son dispositif, Grégoire propose la création d'une Convention citoyenne parisienne des temps éducatifs dès avril 2026. Cette instance réunirait parents, enfants, enseignants, animateurs, agents de la Ville, associations et experts pour repenser l'organisation des temps scolaires, périscolaires et extrascolaires. Une manière d'associer la communauté éducative aux décisions municipales en matière d'éducation.
Un sujet qui divise les candidats
La question de l'école privée s'impose comme un marqueur politique fort de cette campagne. La FCPE Paris, première fédération de parents d'élèves, a organisé un Grand Entretien réunissant les principaux candidats, alertant sur une perspective inquiétante : « un enfant parisien sur deux scolarisé dans le privé » si la tendance se poursuit. À gauche, Sophia Chikirou (LFI) adopte une ligne plus radicale en proposant de supprimer tout soutien municipal au privé au-delà des obligations légales.
Du côté de Rachida Dati (LR), la réponse diffère sensiblement. La maire du 7e arrondissement estime que le sujet n'est pas le financement mais la contrepartie, évoquant la possibilité de conventions incluant le prêt d'équipements aux établissements publics. Son programme met davantage l'accent sur la sécurité dans le périscolaire, le retour à la semaine de quatre jours et un plan de rénovation des écoles publiques.
Entre la fermeté de la gauche et le pragmatisme affiché par la droite, la mixité sociale scolaire s'annonce comme l'un des sujets déterminants du scrutin parisien. Les électeurs devront trancher entre des visions radicalement différentes du rôle de la puissance publique face à un enseignement privé qui ne cesse de gagner du terrain dans la capitale.