Espagne : régularisation massive de 500 000 sans-papiers adoptée par décret
Le gouvernement de Pedro Sánchez a approuvé mardi 27 janvier un décret royal permettant la régularisation d'environ 500 000 migrants en situation irrégulière. Cette mesure exceptionnelle, qui intervient à contre-courant du durcissement migratoire observé ailleurs en Europe, répond à une initiative citoyenne soutenue par plus de 800 organisations.
La ministre de la Sécurité sociale et des Migrations, Elma Saiz, a annoncé que les bénéficiaires pourront « travailler dans n'importe quel secteur, partout dans le pays ». Pour être éligibles, les migrants devront prouver une présence en Espagne d'au moins cinq mois avant le 31 décembre 2025, présenter un casier judiciaire vierge et effectuer leurs démarches avant le 30 juin 2026.
Les justificatifs acceptés incluent les certificats d'enregistrement municipal, les preuves de transferts d'argent, les titres de transport, les rapports médicaux ou encore les contrats de location. La régularisation s'appliquera également aux enfants des bénéficiaires résidant déjà sur le territoire espagnol.
Une réponse à la pénurie de main-d'œuvre
Cette décision s'inscrit dans une stratégie économique assumée par Madrid. L'Espagne, confrontée à une pénurie de main-d'œuvre dans plusieurs secteurs, mise sur l'intégration des travailleurs de l'ombre pour soutenir sa croissance. En novembre 2024, une première réforme avait déjà permis d'envisager la régularisation de 300 000 personnes par an sur trois ans.
Le recours au décret royal permet au gouvernement de contourner un Parlement où il ne dispose pas de majorité. Cette procédure constitutionnelle autorise l'entrée en vigueur immédiate après publication au Journal officiel, sans vote préalable des députés.
L'accord a été conclu après des négociations avec Podemos, allié d'extrême gauche de la coalition au pouvoir. Le parti avait initialement porté une initiative législative populaire signée par plus de 600 000 citoyens, restée bloquée au Congrès pendant des mois.
L'opposition dénonce un « appel d'air »
La droite et l'extrême droite espagnoles ont vivement critiqué cette mesure. Alberto Núñez Feijóo, président du Parti populaire, a qualifié le plan de « grotesque », estimant qu'il allait « submerger les services publics ». « Dans l'Espagne socialiste, l'illégalité est récompensée », a-t-il écrit sur le réseau social X.
Les opposants redoutent que cette régularisation massive n'encourage de nouvelles arrivées clandestines. Un argument que le gouvernement rejette en soulignant la forte baisse des arrivées irrégulières en 2025, avec environ 37 000 entrées contre 64 000 l'année précédente, soit une diminution de 42,6 %.
Selon le think-tank Funcas, environ 840 000 migrants sans papiers vivaient en Espagne début janvier 2025, principalement originaires d'Amérique latine. Plus de sept millions d'étrangers résident légalement dans le pays, sur une population totale de 49,4 millions d'habitants.
La dernière régularisation d'ampleur comparable remonte à 2005, sous le gouvernement socialiste de José Luis Rodríguez Zapatero, avec près de 576 000 personnes régularisées. Vingt ans plus tard, l'Espagne fait à nouveau figure d'exception en Europe, où la tendance dominante reste au renforcement des contrôles aux frontières.