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Palestine. Exécutions à Jénine : le miroir sanglant d'une colonisation qui s'accélère

La vidéo montrant l'exécution de deux Palestiniens à Jérusalem n'est pas un « incident » : c'est la conséquence logique et prévisible d'une occupation coloniale qui s'intensifie et se radicalise en Cisjordanie. Alors que le gouvernement israélien annonçait fin mai la construction de 22 nouvelles colonies – une décision visant selon ses ministres à « construire l'État juif sur le terrain » – les exécutions de Jénine dévoilent la violence nécessaire pour imposer ce projet . Malgré les images accablantes, l'impunité reste la règle, confirmant l'urgence d'exiger la fin de l'occupation et le retrait immédiat de l'armée israélienne.

Les images sont insoutenables. Deux Palestiniens, mains levées, terrifiés mais vivants, se rendent. Ils sont fouillés, désarmés. Puis, d'un geste sec, méthodique, presque banal, les soldats tirent. Les corps tombent. Les militaires s'éloignent comme on termine une routine. Le Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l'homme n'a pas eu de mots trop forts pour qualifier ces faits, parlant d'une « apparente exécution sommaire » et réclamant une enquête indépendante . Cette scène n'a rien d'un accident. Elle illustre la violence quotidienne dans les territoires occupés, une violence si systémique que, selon l'ONU, plus de 1 030 Palestiniens, dont 223 enfants, ont été tués en Cisjordanie par les forces israéliennes ou des colons depuis octobre 2023 .

Pour la première fois depuis longtemps, cette violence n'est pas noyée dans un communiqué militaire. Elle est filmée. Crue. Incontestable. Face à cette preuve éclatante, Israël annonce une enquête — un rituel bien rôdé. Le porte-parole de l'ONU, Jeremy Laurence, a d'ailleurs exprimé de sérieux doutes sur la crédibilité de toute enquête menée par une entité non indépendante du gouvernement israélien, d'autant que des responsables cherchaient déjà à exonérer les forces en cause . L'impunité n'est plus une faille : c'est l'architecture même de l'occupation.

Une politique délibérée qui mine toute perspective de paix

Alors qu'un double homicide filmé devrait provoquer un séisme politique, la réaction internationale reste d'une timidité consternante. Cette inertie semble donner un carte blanche à la poursuite d'une politique coloniale criminelle. Quelques semaines seulement avant les exécutions de Jénine, le gouvernement israélien annonçait non seulement 22 nouvelles colonies, mais aussi la relance du projet E1, gelé depuis des décennies en raison de son impact dévastateur .

Ce plan, qualifié par le ministre des Finances Bezalel Smotrich de moyen d'« enterrer l'idée d'un État palestinien », vise à construire des milliers de logements entre Jérusalem-Est et la colonie de Maale Adumim . L'ONU estime que cette construction « compromettrait gravement les perspectives d'un État palestinien viable » en divisant la Cisjordanie en deux et en isolant Jérusalem-Est de son arrière-palestinien . Dans ce contexte, les violences, qu'elles soient structurelles comme la colonisation ou physiques comme à Jénine, s'inscrivent dans une stratégie cohérente et assumée.

L'état de droit bafoué, la communauté internationale impuissante

Ce meurtre filmé ne doit pas être traité comme un fait divers. Il prouve que l'occupation est plus que jamais une mécanique coloniale meurtrière. Il prouve que le droit international est quotidiennement piétiné, et ce, en dépit des avis les plus solennels. En juillet 2024, la Cour Internationale de Justice (CIJ), la plus haute juridiction de l'ONU, a en effet jugé que l'occupation par Israël de la Cisjordanie et de Jérusalem-Est était « illégale » et a exigé qu'Israël mette fin à ses activités de colonisation .

Le gouvernement israélien, pour sa part, a rejeté cet avis, le qualifiant de « mensonger » . Le contraste est saisissant entre la clarté du droit et l'impunité des faits. Les vies palestiniennes sont considérées comme jetables parce qu'un système entier, du politique au militaire, est verrouillé pour garantir qu'aucune responsabilité n'est jamais engagée. Laisser faire, c'est accepter que ces exécutions deviennent la norme.

Les deux Palestiniens assassinés à Jénine n'ont pas seulement été tués par des soldats. Ils ont été tués par un système, par une idéologie de domination, par une impunité institutionnalisée. Il ne s'agit pas seulement de dénoncer. Il s'agit d'agir. Il s'agit d'exiger que la communauté internationale cesse de se contenter de déclarations de principe et prenne des mesures concrètes pour faire respecter ses propres décisions et le droit international. Car si une caméra n'a pas suffi à arrêter les soldats, elle doit au moins bousculer les consciences.

 

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