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Crise algéro-française : El Moudjahid pointe l’échec d’une stratégie d’ingérence sur le temps long

Dans un texte très offensif publié le 28 janvier 2026, le quotidien El Moudjahid, organe officiel de l’État algérien, dresse un réquisitoire sévère contre la politique française à l’égard de l’Algérie depuis l’indépendance. Signé par son PDG Brahim Takheroubte, l’article relit soixante ans de relations tumultueuses à l’aune de la crise diplomatique actuelle, accusant Paris d’aveuglement, d’ingérence persistante et de paris politiques systématiquement perdants.

Soixante-deux ans après l’indépendance, le regard algérien porté sur la France officielle demeure profondément marqué par la mémoire coloniale et par ce que l’auteur décrit comme une incapacité structurelle de Paris à accepter une Algérie pleinement souveraine. Dès l’ouverture, le ton est donné : « La France a eu tout faux en voulant dompter l’Algérie et ses plans fumeux ont lamentablement échoué ». L’article pose une thèse centrale : loin d’être ponctuelles, les tensions actuelles seraient l’aboutissement logique de décennies de calculs biaisés et d’interventions indirectes.

Le texte insiste sur le rôle central joué par les services français, accusés d’avoir nourri l’Élysée de « faux rapports », déconnectés des réalités algériennes. Selon El Moudjahid, cette lecture erronée s’expliquerait par un prisme hérité de la décolonisation, toujours incapable de penser l’Algérie en dehors d’une relation asymétrique. L’auteur évoque explicitement une tentative précoce de structuration d’une « cinquième colonne », destinée à peser sur les choix politiques algériens dès 1962, stratégie qui aurait perduré sous des formes renouvelées.

De la décennie noire au pari Bouteflika : une constance française qui interroge

C’est dans l’analyse de la décennie noire (1990-2000) que le texte se fait le plus accusatoire. Alors que l’Algérie faisait face à une violence islamiste extrême, l’attitude française est qualifiée de cynique, voire de complice. « La France a poussé le cynisme jusqu’à se faire complice de l’intégrisme islamiste », écrit l’auteur, en rappelant l’opposition affichée du président François Mitterrand à l’interruption du processus électoral de 1991. Le commentaire sous-jacent est clair : Paris aurait privilégié une lecture idéologique des événements, considérant le fondamentalisme comme un moindre mal face à un pouvoir nationaliste issu de la guerre de libération.

Le concept médiatique du « qui tue qui ? » est présenté comme l’illustration emblématique de cette posture. En mettant sur le même plan armée algérienne et groupes terroristes, une partie de l’opinion et des médias français aurait, selon le texte, contribué à délégitimer la lutte antiterroriste de l’État algérien et à blanchir symboliquement les violences islamistes. Cette période est décrite comme un moment fondateur d’une défiance durable.

L’analyse se prolonge avec les années Bouteflika. El Moudjahid évoque une France confortée dans une posture d’influence, profitant d’un système oligarchique jugé favorable à ses intérêts. « L’ambassade de France à Alger n’était pas avare en faux rapports attestant la bonne santé du défunt Président », écrit l’auteur, citant la déclaration de François Hollande en 2015 saluant l’« alacrité » d’un chef d’État pourtant gravement affaibli. Le commentaire implicite est sévère : la stabilité du clan au pouvoir primait, aux yeux de Paris, sur la réalité politique et sociale algérienne.

Le Hirak de 2019 marque, dans ce récit, un point de rupture majeur. Le mouvement populaire pacifique est décrit comme un désaveu cinglant de la stratégie française, accusée d’avoir soutenu jusqu’au bout l’hypothèse d’un cinquième mandat. « Le Hirak a pris de court l’ambassade de France », affirme le texte, soulignant l’échec d’un travail d’influence de long terme. La tentative française de promouvoir une transition politique contrôlée est présentée comme une ultime manœuvre avortée.

L’élection d’Abdelmadjid Tebboune, hors des scénarios anticipés par Paris, aurait achevé de confirmer cet échec. « La France supportait mal l’arrivée au pouvoir d’un homme sur lequel ne pourraient jamais peser les traditionnelles influences ». Le retard mis par Emmanuel Macron à féliciter le nouveau président est interprété comme un signal politique négatif, contrastant avec la réaction immédiate de Washington.

La fin de l’article se projette vers l’avenir, mettant en avant les grands projets structurants lancés depuis 2019 – ferroviaires, énergétiques, continentaux – pour illustrer une Algérie présentée comme en mouvement, tournée vers l’Afrique et affranchie des anciennes tutelles. La conclusion est sans appel : tant que la France restera, selon l’auteur, prisonnière de « l’angoisse et de la nostalgie de l’Algérie de papa », toute refondation sereine de la relation bilatérale restera hors de portée. Une lecture algérienne radicale, qui éclaire la profondeur du malaise diplomatique actuel.

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