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Du bitume marseillais aux vignobles de la Drôme, le narcotrafic défie la France

Une fusillade mortelle survenue samedi soir dans la Drôme relance l’alarme sur un narcotrafic devenu tentaculaire, incontrôlé, et qui sidère chaque jour davantage la société française. Alors que l’assassinat du jeune Mehdi Kessaci à Marseille reste encore dans tous les esprits, les autorités paraissent démunies face à une violence qui se répand hors des grandes villes et contamine désormais les territoires ruraux.

Samedi 29 novembre, à Mercurol-Veaunes, une petite commune viticole nichée entre les coteaux de Tain-l’Hermitage et la vallée du Rhône, deux jeunes femmes ont été la cible d'un déluge de balles. Il est près de 23 heures quand leur voiture est prise pour cible. L’une d’elles est tuée sur le coup, l’autre grièvement blessée. Très vite, les enquêteurs de la section de recherches de Grenoble, épaulés par la gendarmerie de la Drôme, identifient des éléments laissant penser à un nouveau règlement de comptes lié au grand banditisme et au narcotrafic. Le dossier est aussitôt confié à la juridiction interrégionale spécialisée de Lyon, habituée aux dossiers les plus lourds.

Ce fait divers glaçant, survenu loin des cités surmédiatisées, confirme une réalité : le narcotrafic n’est plus cantonné aux quartiers populaires des métropoles. Il s’exporte, s’adapte, se déplace. Et il tue partout.

Une société sous tension, de Marseille aux campagnes

Cette nouvelle fusillade intervient dans un contexte de sidération nationale après la mort de Mehdi Kessaci, à Marseille, début novembre. Petit frère d’Amine Kessaci, figure écologiste et militant acharné contre le trafic dans les quartiers nord, Mehdi a été exécuté dans ce qui ressemble à une démonstration de force des réseaux. Le choc a été immense : un jeune de 20 ans, non lié aux trafics, emporté pour son seul lien familial avec un militant devenu dérangeant.

À Marseille, ville devenue symbole d’un narcotrafic ultraviolent, chaque drame ravive la même incompréhension : comment un pays doté d’un appareil sécuritaire puissant peut-il échouer à endiguer un phénomène si identifié ? Les autorités dénoncent une économie souterraine « ultra-structurée », une concurrence « paramilitaire », et un marché dopé par une demande toujours plus forte. Mais dans les faits, la spirale continue.

La géographie du fléau est en réalité déjà connue. Les trafics prospèrent dans des quartiers pauvres, enclavés, abandonnés par les services publics, où l’école, les structures sportives et les associations peinent à survivre. Les familles, frappées de plein fouet par le chômage et la précarité, voient leurs enfants grandir sans perspectives. Dans ces zones délaissées, le dealer devient trop souvent l’unique figure de réussite, le seul adulte semblant « réussir » dans un contexte où tout manque : travail, argent, horizons.

Les experts décrivent depuis des années les mêmes causes profondes : ghettoïsation, fracture sociale, absence de politique de long terme, désengagement de l’État. Rien n’y fait. Le trafic se renouvelle, attire des enfants toujours plus jeunes, se finance avec des millions d’euros en liquide et alimente une violence devenue quotidienne.

L’angle mort des politiques publiques : la consommation

Si les cités paient le prix du sang, un autre aspect demeure trop peu évoqué : l’explosion de la consommation de cocaïne, particulièrement dans les classes aisées et les centres urbains. Bars, soirées étudiantes, cabinets professionnels, milieux d’affaires : la poudre blanche n’a jamais été aussi banalisée. Les prix ont baissé, la pureté a augmenté, et la France est devenue l’un des pays européens les plus consommateurs.

Or, les politiques publiques restent focalisées sur la répression de l’offre, laissant de côté la réduction des risques, l’accompagnement, la prévention, et tout ce qui constitue une véritable politique de santé publique. « Tant que la demande reste massive, le trafic s’adapte », répètent les associations spécialisées. Le lien entre la ligne consommée dans un appartement de centre-ville et la balle qui tue dans une cité ou un village demeure pourtant direct.

Dans ce contexte, l’affaire de la Drôme n’est pas une exception mais un symptôme. Celui d’un phénomène qui a muté, qui se propage désormais partout, et contre lequel l’État semble lutter à armes inégales. Les homicides se multiplient, les familles s’effondrent, les habitants vivent dans la peur, tandis que les réseaux, eux, s’enrichissent.

La mort de Mehdi Kessaci et celle de cette jeune femme de Mercurol-Veaunes rappellent que le narcotrafic n’est pas un sujet périphérique : il est l’un des enjeux centraux de la cohésion nationale. Une France qui ne protège plus ses habitants les plus vulnérables, qui regarde prospérer des économies criminelles sur les ruines de ses propres renoncements, voit forcément la violence revenir frapper à ses portes — parfois au coin d’un vignoble tranquille, parfois sur les hauteurs de Marseille. Et toujours trop tard.

 

 

 

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