Filmer des femmes à leur insu avec des lunettes connectées : Paris enquête
Le parquet de Paris a ouvert plusieurs enquêtes après des plaintes déposées par des femmes filmées à leur insu dans la rue à l'aide de lunettes connectées, selon des informations de franceinfo et de France 2 diffusées le 23 septembre 2026, confirmées par l'AFP. Les images sont ensuite publiées en ligne, une pratique que le parquet qualifie de « tendance montante sur les réseaux sociaux ».
Le procédé est décrit comme simple et redoutablement efficace pour ses auteurs. Un créateur de contenu aborde une femme dans un lieu public, engage une conversation ou provoque une réaction, pendant que de petites caméras dissimulées dans les branches de ses lunettes enregistrent la scène à son insu. La vidéo est ensuite montée puis diffusée, le plus souvent sur TikTok, sans que la personne filmée ait donné son accord.
Selon le parquet de Paris, la qualification retenue dans ces dossiers est celle de diffusion, par un service de communication au public en ligne, d'un contenu représentant l'image ou les paroles d'une personne sans son consentement, via un traitement algorithmique non apparent. Cette infraction est punie de deux ans d'emprisonnement et de 45 000 euros d'amende. Dans certains dossiers, la qualification d'agression sexuelle est également retenue, lorsque les faits filmés s'accompagnent de gestes non consentis. À ce stade, il s'agit d'enquêtes : aucune mise en examen ni condamnation n'a été rendue publique dans ces dossiers.
L'association e-Enfance, qui gère la ligne d'écoute 3018 dédiée aux violences numériques subies notamment par les jeunes, avait déjà tiré la sonnette d'alarme début septembre 2026 sur la progression de cette pratique. Selon e-Enfance, dont la chargée de plaidoyer Inès Legendre s'est exprimée auprès de BFMTV, le mode opératoire remonté par les utilisateurs de la ligne est souvent le même : une jeune femme ou une adolescente abordée dans un lieu public, filmée discrètement, souvent pour provoquer une réaction ou la mettre en situation embarrassante, avant que la séquence ne devienne virale.
Le témoignage de « Julie », suivie jusqu'à son domicile
Le cas de « Julie », prénom modifié, illustre les conséquences concrètes de ces pratiques. Le soir de la Fête de la musique, le 21 juin, alors qu'elle venait tout juste d'avoir 18 ans, un homme portant des lunettes connectées l'a abordée avec des propos scabreux, avant de la suivre jusque devant chez elle. Excédée, la jeune femme a fini par s'emporter verbalement, sans savoir que la scène était filmée en continu par les petites caméras dissimulées dans les branches des lunettes de son interlocuteur.
Elle a découvert plus tard que cette séquence, où on la voit s'énerver, avait été publiée en ligne. Sous la vidéo, des centaines de messages malveillants se sont accumulés, et son adresse personnelle a fini par être révélée publiquement. Ce type d'enchaînement — captation à l'insu de la victime, publication virale, puis vague de commentaires humiliants, insultes misogynes ou menaces — revient dans plusieurs témoignages recueillis par e-Enfance au cours de l'année 2026, période durant laquelle les plaintes liées aux lunettes connectées se sont accumulées.
Au-delà du cas des lunettes, ces affaires posent la question du consentement à l'image dans un espace public saturé d'objets capables d'enregistrer. La miniaturisation des capteurs rend la captation de plus en plus difficile à détecter, alors que le droit à l'image reste, lui, inchangé. Le même enjeu de contrôle des données personnelles traverse d'autres usages technologiques du quotidien, comme l'arrivée de ChatGPT dans les messageries sur Mac. Pour les victimes, la difficulté est double : prouver la captation, puis obtenir le retrait des images déjà diffusées.
Un témoin lumineux jugé trop discret par certains
Sur ces modèles grand public, la caméra est intégrée directement dans la monture. C'est précisément cette discrétion qui inquiète les associations de protection des victimes : contrairement à un smartphone brandi ouvertement, l'objet ne se distingue en rien d'une paire de lunettes ordinaire, ce qui prive la personne filmée de tout signal d'alerte.
Dans les réactions publiques qui ont suivi ces révélations, un débat a émergé autour du témoin lumineux censé signaler qu'un enregistrement est en cours. Pour une partie des internautes et commentateurs, ce signal serait insuffisamment dissuasif ou trop discret pour être réellement repéré par la personne filmée. Il ne s'agit toutefois que d'un débat relayé dans les commentaires et réactions publiques, et non d'un constat officiel ni d'une position tranchée par une autorité. Les fabricants, eux, ne sont pas mis en cause pénalement dans les procédures évoquées par le parquet de Paris.
Face à l'ampleur prise par ce phénomène, les associations de protection de l'enfance et des victimes rappellent l'existence de dispositifs d'écoute. Toute personne confrontée à une situation de harcèlement numérique, de captation d'images sans consentement ou de diffusion de contenus humiliants peut contacter le 3018, la ligne gérée par e-Enfance, pour être écoutée, orientée et accompagnée dans ses démarches, y compris pour le retrait des contenus mis en ligne sans consentement.