Loyers à Marseille : la mairie relance la bataille de l'encadrement
La mairie de Marseille relance sa demande d'encadrement des loyers, un dossier bloqué depuis trois ans par l'absence de décret gouvernemental. Début octobre 2025, la ville a rejoint une alliance de collectivités favorables au dispositif, à quelques mois des élections municipales de mars 2026. L'enjeu : freiner une hausse des loyers de 11% en dix ans dans une ville où les expulsions locatives se multiplient.
Marseille pourrait enfin encadrer ses loyers, trois ans après la première tentative de la mairie. Le gouvernement avait donné son feu vert de principe fin 2022, mais aucun décret n'a jamais été signé, les ministres du Logement se succédant sans finaliser le dossier. Début octobre 2025, la ville a rejoint une alliance de collectivités qui milite pour la poursuite et l'extension du dispositif, preuve que le sujet reste vivant à l'approche des municipales de mars 2026. Entre 2014 et 2024, les loyers ont grimpé de 11% dans la cité phocéenne, selon les chiffres cités par Made in Marseille, dans une ville où 1051 expulsions ont été recensées en 2024.
L'adjoint au logement Patrick Amico ne cache pas son agacement devant les blocages successifs. Il rappelle que le projet est resté, selon ses mots, "dans les cartons, la faute aux changements successifs de gouvernement", ajoutant que "les ministres n'ont jamais signé le décret". Le maire Benoît Payan défend de son côté l'encadrement comme une nécessité pour freiner la hausse des loyers et empêcher l'appauvrissement des ménages marseillais.
Une métropole divisée sur le calendrier
La présidente de la métropole Aix-Marseille-Provence, Martine Vassal, candidate déclarée à la mairie de Marseille, ne s'oppose pas frontalement au principe mais pose des conditions. Elle réclame la mise en place d'un observatoire des loyers et un cadre défini via le Plan local de l'habitat avant toute application. La métropole avait accepté, en 2022 déjà, de porter la candidature de Marseille auprès de l'Etat sans y être elle-même favorable, selon Made in Marseille. Ce distinguo explique en partie pourquoi le dossier a mis autant de temps à avancer, entre réticences locales et inertie ministérielle.
Le dispositif, s'il entre en vigueur, ne concernerait que la ville de Marseille et non les 91 autres communes de la métropole, certaines très touristiques comme Cassis. Il s'agirait d'un plafonnement du loyer de référence majoré de 20%, avec des amendes administratives pouvant atteindre 15 000 euros pour les bailleurs professionnels en cas de dépassement. Un décret du 15 juillet 2025 a prolongé l'expérimentation nationale d'encadrement des loyers jusqu'au 31 juillet 2026, ouvrant une fenêtre pour que de nouvelles villes, dont Marseille, puissent y entrer.
Bailleurs et associations s'opposent sur les résultats
Les organisations de bailleurs, à commencer par la FNAIM, jugent la mesure "inefficace, punitive et contre-productive". Elles redoutent un recul de l'offre locative et une dégradation de l'entretien du parc si les loyers sont plafonnés sans marge suffisante pour les propriétaires. A l'inverse, la Fondation pour le logement, favorable à l'encadrement, s'appuie sur l'expérience d'autres villes déjà engagées dans le dispositif. A Lille, le taux de non-respect des plafonds est passé de 43% en 2022 à 31%. A Montpellier, la part des annonces non conformes est passée de 37% à 12% sur la même période.
Paris, Lyon, Bordeaux et Montpellier appliquent déjà l'encadrement des loyers depuis plusieurs années, avec des résultats jugés mitigés selon les études mais suivis de près par les autres métropoles candidates. A Marseille, la question s'inscrit aussi dans un contexte social plus large, marqué par le traumatisme de l'effondrement de la rue d'Aubagne, qui a relancé les débats sur l'habitat indigne et la responsabilité des pouvoirs publics en matière de logement.
L'expérimentation nationale doit prendre fin le 24 novembre 2026, sauf vote d'une loi de prolongation par le Parlement. Trois issues sont envisagées par le gouvernement selon le rapport d'évaluation attendu : la pérennisation du dispositif dans les villes qui l'appliquent déjà, son extension à des candidates comme Marseille, ou sa suppression pure et simple. Le climat politique local, à quelques mois des municipales, rend le sujet d'autant plus sensible pour Benoît Payan comme pour Martine Vassal, chacun défendant une version différente du calendrier et des conditions. Le sort des loyers marseillais dépendra donc autant d'une décision parlementaire à Paris que d'un rapport de force local, alors que le marché locatif reste sous tension, comme le confirment les comparatifs récents sur le coût du logement en France.