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Dogan Voyages : 450 victimes à Marseille, une avocate organise la riposte

Des centaines de fidèles musulmans rêvaient d'accomplir le pèlerinage à La Mecque. Ils avaient économisé pendant des années, parfois une vie entière, pour s'offrir ce voyage sacré. Mais le 31 décembre dernier, l'agence lyonnaise Dogan Voyages a brutalement annulé tous ses départs, laissant des centaines de clients sans recours ni explication. À Marseille, l'avocate Sandrine Farouja se mobilise pour défendre près de 450 victimes.

Le scénario est aussi brutal qu'incompréhensible. Le dernier jour de l'année 2025, les clients de Dogan Voyages reçoivent un simple mail les informant de l'annulation de leur voyage, sans véritable justification. L'agence invoque des « circonstances exceptionnelles et indépendantes de sa volonté », selon un communiqué publié sur sa page Facebook. Depuis, plus rien. Les téléphones sonnent dans le vide, le site internet est hors service et les rideaux de fer sont baissés, que ce soit au siège lyonnais de la rue de la Part-Dieu ou à l'agence marseillaise du boulevard des Dames.

Pour de nombreux fidèles, le choc est immense. Certains avaient déboursé bien au-delà des 2 500 euros annoncés initialement. Des couples évoquent des pertes de 5 000 euros, d'autres parlent de dizaines de milliers d'euros engloutis. « Pour certains, c'est toutes leurs économies », témoigne un client marseillais auprès de France 3. Plus cynique encore : plusieurs victimes affirment avoir été encouragées à solder leur paiement avant la fin décembre, quelques jours seulement avant l'annulation.

Une avocate marseillaise en première ligne

Invitée sur le plateau de BFM Marseille, Maître Sandrine Farouja a détaillé la stratégie juridique mise en place pour défendre les victimes. Son cabinet recense déjà environ 450 plaignants, mais l'avocate estime que le nombre réel de personnes lésées est bien supérieur. « Il y en a un peu partout en France, en Belgique et en Allemagne », précise-t-elle, rappelant que Dogan Voyages disposait de succursales dans plusieurs pays.

La stratégie judiciaire repose sur deux axes. Le premier vise à obtenir la liquidation judiciaire de la société auprès du tribunal des affaires économiques. Cette démarche est cruciale car elle permettrait de déclencher la garantie financière de l'APST (Association Professionnelle de Solidarité du Tourisme), à laquelle Dogan Voyages était affiliée en tant qu'agence de voyage. Dans cette hypothèse, les victimes ayant déclaré leur créance pourraient être remboursées du prix de leur billet.

Le second axe est pénal. Une plainte collective sera déposée auprès du procureur de la République de Lyon pour escroquerie et abus de confiance. Le parquet de Lyon a d'ailleurs confirmé avoir déjà reçu plusieurs plaintes individuelles. « Les gens souhaiteraient que les dirigeants puissent avoir une sanction pénale, au moins une interdiction d'exercer », explique l'avocate. C'est dans ce cadre que les victimes pourraient obtenir des dommages et intérêts pour préjudice moral.

L'APST radie Dogan Voyages, le compte à rebours est lancé

L'affaire a pris un tournant le 21 janvier lorsque l'APST a décidé de radier Dogan Voyages de sa garantie financière. La direction de l'agence, convoquée en visioconférence, ne s'est tout simplement pas présentée. « On n'a personne en face de nous, ils ne veulent pas nous parler », a déclaré Emmanuel Toromanof, représentant de l'APST, à L'Écho touristique. Cette radiation déclenche un délai de trois mois pendant lequel les clients doivent impérativement déclarer leur créance pour espérer un remboursement.

Fondée en 1992, Dogan Voyages était pourtant une référence du secteur. L'agence employait une vingtaine de salariés et occupait une place importante sur le marché des agences de voyage spécialisées. Un ancien salarié jordanien a confié aux médias que le dirigeant et toutes ses entreprises auraient été bannis de La Mecque par le ministère saoudien du Hajj, après des plaintes de clients arrivés sur place sans hébergement alors qu'ils avaient tout payé.

La procédure s'annonce toutefois longue. Selon Maître Farouja, il faut compter « au moins un an » avant d'espérer un remboursement via la garantie financière. La police d'Anvers a également ouvert une enquête sur les activités de Dogan Voyages en Belgique. Pour les victimes, le combat ne fait que commencer.

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