Alinéa, faute de repreneur, fonce tout droit vers la liquidation judiciaire
L'enseigne d'ameublement Alinéa, fondée en 1988 à Avignon et propriété de la galaxie Mulliez, se dirige inexorablement vers la liquidation judiciaire. Après le retrait du groupe roumain SDC Holding, seul candidat à la reprise de la marque, près de 1 000 emplois sur 1 200 sont menacés de disparition. Le tribunal des affaires économiques de Marseille doit examiner les offres définitives le 5 mars prochain.
Le couperet est tombé le 12 février dernier. SDC Holding, unique repreneur prêt à conserver l'enseigne Alinéa et à maintenir 575 emplois sur 1 172, a officiellement retiré son offre. Le groupe roumain a invoqué « trop d'incertitudes sur la reprise et les efforts financiers pour porter le projet », selon des sources proches du dossier. Le niveau d'endettement, la gestion des stocks et le coût global de l'opération auraient eu raison de ses ambitions.
Ce retrait a provoqué une onde de choc parmi les salariés. « C'est la marque qui s'éteint avec le retrait de cette offre », a réagi Margaux Palvini, représentante Force ouvrière, résumant le sentiment d'abattement qui règne dans les 35 magasins encore en activité. Le 14 février, plusieurs dizaines d'employés se sont rassemblés devant le siège social d'Aubagne, dans les Bouches-du-Rhône, à l'appel de l'intersyndicale.
Une marque condamnée, des murs convoités
Si la marque Alinéa semble vouée à disparaître, les murs des magasins, eux, suscitent l'intérêt. Cinq offres portent sur la reprise de locaux commerciaux, émanant notamment de Grand Frais, Ikea et Leroy Merlin. Mais aucune ne prévoit de conserver le nom Alinéa. Au mieux, 240 emplois pourraient être sauvegardés si le tribunal juge ces propositions suffisamment solides.
Pour les quelque 1 000 salariés restants, l'avenir s'annonce sombre. Les syndicats réclament un reclassement au sein des autres enseignes de l'Association familiale Mulliez — Decathlon, Leroy Merlin, Kiabi, Auchan — ou, à défaut, des indemnités « dignes » permettant une reconversion professionnelle. Un argument renforcé par une décision du tribunal administratif du 7 janvier 2026, qui a reconnu l'existence de liens organisationnels entre les différentes entités du groupe Mulliez.
Un naufrage annoncé depuis des années
Ce n'est pas la première fois qu'Alinéa flirte avec l'abîme. En 2020, en pleine pandémie de Covid-19, l'enseigne avait déjà été placée en redressement judiciaire, perdant alors 17 magasins sur 26 et près de 1 000 emplois sur 1 800. La reprise, assurée par les actionnaires eux-mêmes, devait ramener l'entreprise à l'équilibre, notamment grâce à l'intégration d'une vingtaine de magasins Zodio. Ce pari n'a jamais été tenu.
Le bilan 2024 parle de lui-même : 47 millions d'euros de pertes pour un chiffre d'affaires de 162 millions d'euros. Placée de nouveau en redressement judiciaire par le tribunal de Marseille le 20 novembre 2025, Alinéa disposait d'une période d'observation de six mois pour trouver une issue. Cette issue n'est jamais venue.
Le secteur de l'ameublement dans son ensemble traverse une crise profonde. En 2024, 122 fabricants de meubles ont fait l'objet de procédures judiciaires, tandis que 388 défaillances de distributeurs ont été recensées entre 2023 et 2024. La crise de l'immobilier, l'inflation persistante et la concurrence féroce des plateformes de commerce en ligne pèsent lourdement sur les enseignes traditionnelles.
Le 5 mars, le tribunal des affaires économiques de Marseille recevra les offres définitives. Une décision est attendue dans les deux semaines suivantes. Pour les 1 200 salariés d'Alinéa, ce sera le verdict final d'un long combat perdu d'avance.