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Jeux vidéo : Macron envisage une interdiction pour les mineurs après le drame de Sanary

Après l'agression d'une enseignante à Sanary-sur-Mer par un adolescent, Emmanuel Macron a annoncé le 5 février le lancement d'une mission d'experts chargée d'évaluer l'impact des jeux vidéo sur la santé mentale des jeunes. Le président n'exclut pas une interdiction si un consensus scientifique le justifie. L'industrie du jeu vidéo, fleuron économique français, dénonce un amalgame dangereux.

C'est lors d'un entretien fleuve accordé au média Brut, jeudi 5 février, qu'Emmanuel Macron a ouvert un nouveau front dans sa croisade numérique. Interrogé sur la vidéo d'une enseignante réclamant l'interdiction des jeux vidéo après l'attaque de Sanary-sur-Mer, le chef de l'État a assumé une position ferme : « La violence qui s'installe dans la société chez les plus jeunes, elle est aussi liée au fait que les enfants, les adolescents sont beaucoup plus exposés à de la violence dans des vidéos qu'ils vont voir sur les réseaux sociaux ou dans les jeux vidéo qu'ils vont faire », a-t-il déclaré.

Concrètement, le président a confié au Conseil national du numérique et de l'IA une mission d'évaluation de deux mois. Des experts devront rendre leurs conclusions d'ici « mai-juin » sur les effets des jeux vidéo sur les enfants et les adolescents. En cas de « consensus scientifique » établissant que certains jeux, notamment ceux où l'on passe « cinq à six heures par jour à tuer des gens », ont un impact « très mauvais » sur les jeunes, « peut-être qu'il faudra interdire », a prévenu le locataire de l'Élysée.

Cette initiative s'inscrit dans le prolongement de la politique de l'interdiction des réseaux sociaux aux moins de 15 ans, mesure phare de la fin du quinquennat Macron dont l'application est prévue pour septembre 2026. Le président élargit désormais son périmètre d'action aux jeux vidéo et à l'intelligence artificielle.

L'industrie du jeu vidéo monte au créneau

La réponse du secteur ne s'est pas fait attendre. Le Syndicat national du jeu vidéo (SNJV) a fermement contesté les propos présidentiels : « Le consensus scientifique est aujourd'hui extrêmement clair : aucune corrélation n'existe entre jeu vidéo et violence. Les raccourcis ne peuvent plus être acceptés en 2026 », a martelé l'organisation professionnelle.

Le Syndicat des éditeurs de logiciels de loisirs (SELL) a quant à lui pointé une contradiction flagrante. Quelques jours avant les déclarations de Macron, la ministre de la Culture Rachida Dati recevait les 28 membres de l'équipe de Clair-Obscur : Expédition 33, sacré jeu de l'année aux Game Awards 2025, pour les élever au rang de chevaliers des Arts et des Lettres. « On ne peut pas se féliciter des succès du jeu vidéo français le matin, décorer le secteur le midi, pour mieux le dénigrer le soir », a dénoncé le SELL.

Epic Games, éditeur de Fortnite, directement cité dans le débat, a rappelé par la voix de sa porte-parole Cat McCormack que près de 48 000 jeux au sein de l'écosystème Fortnite sont classés PEGI 3 ou PEGI 7, et que des outils de contrôle parental robustes sont déjà en place.

Un débat scientifique loin d'être tranché

Car le jeu vidéo n'évolue pas dans un vide réglementaire. La classification européenne PEGI encadre déjà la vente de jeux selon l'âge, interdisant aux mineurs l'achat de titres classés 18+. Les consoles et plateformes proposent par ailleurs des contrôles parentaux permettant de limiter le temps de jeu et l'accès à certains contenus. D'autres pays, comme l'Égypte qui a récemment bloqué Roblox, ont opté pour des mesures plus radicales.

Parallèlement aux jeux vidéo, Macron a confié aux professeurs de psychiatrie Raphaël Gaillard et Amine Benyamina, spécialiste des addictions, une mission sur les agents IA et les chatbots. L'objectif : déterminer si ces technologies « font naître des troubles, des dépendances, de la souffrance en termes de santé mentale chez les jeunes ». Le président souhaite également pousser la Commission européenne à imposer un marquage obligatoire des contenus générés par intelligence artificielle.

Samedi 7 février, face à la polémique, Emmanuel Macron a nuancé son propos, appelant au « lancement d'un travail scientifique, collégial » faisant appel à « des chercheurs, scientifiques et cliniciens » dans le but « d'évaluer les impacts, de démêler les idées reçues et d'éclairer le débat public ». Une manière de temporiser après le tollé provoqué par ses déclarations initiales, tout en maintenant la pression sur un sujet qui divise profondément la société française.

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