Affaire Quentin Deranque : Macron tacle Meloni et provoque une crise diplomatique
Depuis New Delhi, Emmanuel Macron a sèchement répondu à Giorgia Meloni qui avait commenté la mort de Quentin Deranque à Lyon. « Que chacun reste chez soi et les moutons seront bien gardés », a lancé le président français, provoquant un accrochage diplomatique inédit entre Paris et Rome autour d'un fait divers devenu affaire d'État.
L'affaire Quentin Deranque continue de secouer la France et prend désormais une dimension diplomatique. Mercredi 19 février, la présidente du Conseil italien Giorgia Meloni s'est exprimée sur le réseau social X au sujet de la mort du jeune militant nationaliste de 23 ans. En légende d'une photo du défunt, la dirigeante italienne a qualifié ce meurtre de « blessure pour toute l'Europe », dénonçant un acte commis « par des groupes liés à l'extrémisme de gauche ».
La réaction d'Emmanuel Macron ne s'est pas fait attendre. En déplacement officiel en Inde, le chef de l'État français a été interrogé sur les propos de son homologue italienne. Sa réponse, cinglante, a pris la forme d'un proverbe français détourné : « Que chacun reste chez soi et les moutons seront bien gardés ». Avant d'ajouter, sur un ton acerbe : « Je suis toujours frappé de voir que des gens qui sont nationalistes, qui ne veulent pas qu'on les embête chez eux, sont toujours les premiers à commenter ce qui se passe chez les autres. »
Interrogé par un journaliste pour savoir si ses remarques visaient directement Giorgia Meloni, le président français a répondu en anglais, sans ambiguïté : « You got that right » (« Vous avez bien compris »). Un échange qui marque un nouveau pic de tension entre les deux dirigeants européens.
Meloni réplique et nie toute « interférence »
La Première ministre italienne n'a pas tardé à répliquer. Dans une interview accordée à la chaîne Sky TG24, elle a assuré regretter que Macron ait interprété son message comme une ingérence. « Je suis désolée que Macron l'ait vécu comme une interférence. Mon attention ne porte pas sur la France mais sur les risques de polarisation dans la société. L'interférence, c'est autre chose », a-t-elle précisé. Son cabinet a exprimé sa « stupéfaction » face aux propos du président français, soulignant que Meloni avait simplement exprimé « sa profonde tristesse et consternation face au meurtre tragique du jeune Quentin Deranque ».
Le ministre italien des Affaires étrangères, Antonio Tajani, a renchéri jeudi en déclarant que la mort de Quentin Deranque est « un fait grave qui nous concerne tous », faisant référence aux Années de plomb qui ont ensanglanté l'Italie. Cette montée au créneau de Rome illustre la solidarité idéologique qui lie les droites nationalistes européennes face à ce drame.
Un contexte politique inflammable en France
L'affaire Quentin Deranque s'inscrit dans un climat de tensions extrêmes entre extrême gauche et extrême droite en France. Le jeune homme de 23 ans, étudiant en mathématiques et militant nationaliste, a été mortellement agressé le 12 février en marge d'une conférence de l'eurodéputée LFI Rima Hassan à Sciences Po Lyon. Déclaré en état de mort cérébrale, il est décédé deux jours plus tard, le samedi 14 février.
Le procureur de Lyon, Thierry Dran, a requis la mise en examen de sept hommes pour homicide volontaire. Onze personnes au total ont été placées en garde à vue. Parmi les interpellés figure Jacques-Élie Favrot, assistant du député LFI Raphaël Arnault, poursuivi pour complicité par instigation et placé en détention provisoire. Si certains suspects reconnaissent leur présence sur les lieux et « admettent avoir porté des coups », tous nient avoir eu l'intention de tuer.
Sur le plan politique intérieur, Jordan Bardella, président du Rassemblement national, a accusé Emmanuel Macron ainsi que les anciens Premiers ministres Gabriel Attal et Édouard Philippe de « renforcer l'extrême gauche ». Le président a, de son côté, appelé « les partis extrêmes à faire le ménage » dans leurs rangs, renvoyant dos à dos les responsabilités. La famille de Quentin Deranque a quant à elle appelé au calme, condamnant « tout engrenage de la violence ».
Cet accrochage diplomatique intervient alors que les relations franco-italiennes connaissent des hauts et des bas depuis 2022. Emmanuel Macron et Giorgia Meloni doivent se retrouver en avril à Toulouse pour un sommet bilatéral, rendez-vous qui s'annonce désormais sous haute tension. Les sondages plaçant l'extrême droite en tête pour la présidentielle de 2027, l'affaire Quentin Deranque s'impose comme un tournant dans le débat politique français, aux ramifications désormais européennes.