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Procès historique aux États-Unis : Meta et YouTube accusés de rendre les enfants dépendants

Un procès qualifié d'historique s'est ouvert lundi 9 février à Los Angeles contre Meta et Google, accusés d'avoir délibérément conçu Instagram et YouTube pour créer une dépendance chez les enfants. Devant douze jurés, les avocats de la plaignante ont comparé les méthodes des géants technologiques à celles de l'industrie du tabac. Une première judiciaire qui pourrait redéfinir la responsabilité des plateformes numériques vis-à-vis des mineurs.

« Ils ne construisent pas seulement des applications, ils construisent des pièges », a lancé l'avocat Mark Lanier dans sa déclaration liminaire devant le tribunal civil de Los Angeles. Empilant des cubes pour enfants portant les lettres A, B et C, il a résumé l'affaire en trois mots : « Addiction, cerveaux, enfants ». Selon lui, les deux entreprises les plus riches de l'histoire ont « fabriqué la dépendance dans des cerveaux d'enfants », non par accident, mais « à dessein, parce que l'addiction est rentable ».

Au cœur de cette procédure se trouve le témoignage de Kaley G.M., une Californienne aujourd'hui âgée de 20 ans. Utilisatrice de YouTube dès l'âge de 6 ans, elle a ouvert un compte Instagram à 11 ans, avant de rejoindre Snapchat et TikTok quelques années plus tard. La jeune femme affirme avoir développé une forte dépendance aux réseaux sociaux, entraînant dépression, anxiété et troubles de l'image de soi. Son dossier a été jugé suffisamment représentatif pour servir de procédure test, dont l'issue fixera une référence pour des centaines de plaintes similaires regroupées en Californie.

Une stratégie inspirée des procès contre l'industrie du tabac

L'approche juridique des plaignants est particulièrement habile. Les débats ne portent pas sur les contenus hébergés par les plateformes — la section 230 du Communications Decency Act offrant une large protection aux entreprises sur ce terrain —, mais sur la conception même des services. Algorithmes de recommandation, mécanismes de personnalisation, outils destinés à maintenir l'engagement des utilisateurs : c'est le design des applications qui est visé. L'avocat de la plaignante s'appuie notamment sur des documents internes de Google évoquant la « dépendance de l'utilisateur » comme objectif, ainsi que sur un courriel de Mark Zuckerberg demandant à ses équipes d'inverser le désengagement des jeunes utilisateurs sur Instagram.

La défense, menée pour Meta par l'avocat Paul Schmidt, conteste cette lecture. Selon lui, les troubles psychologiques de la plaignante trouvent leur origine dans des circonstances familiales difficiles — violences domestiques, thérapie dès l'âge de 3 ans — et non dans l'utilisation des réseaux sociaux, qui n'auraient été mentionnés que dans 20 de ses 260 séances de thérapie. La plaignante elle-même aurait déclaré qu'Instagram avait eu des effets positifs sur elle.

Meta et Google mettent en avant les fonctionnalités de sécurité déployées ces dernières années : contrôle parental, restrictions sur les contacts avec les comptes adolescents et limites de temps d'utilisation. Ils soutiennent que la santé mentale des jeunes est un sujet « multifactoriel », influencé par la sécurité scolaire, la pression académique et des facteurs socio-économiques, et que blâmer les réseaux sociaux revient à simplifier un problème complexe.

Zuckerberg attendu à la barre le 18 février

Le procès, prévu pour durer plus d'un mois, s'annonce riche en révélations. Le patron d'Instagram, Adam Mosseri, devait témoigner dès mercredi, tandis que Mark Zuckerberg est attendu à la barre le 18 février. Les jurés auront accès à des milliers de pages de documents internes, dont des recherches menées par les entreprises elles-mêmes sur l'impact de leurs plateformes sur les enfants.

Fait notable : TikTok et Snapchat, initialement poursuivis dans la même affaire, ont préféré transiger pour des montants restés confidentiels, laissant Meta et Google seuls face au jury. En parallèle, un autre procès s'est ouvert lundi à Santa Fe, au Nouveau-Mexique, où l'État accuse Meta de tirer profit de ses plateformes tout en exposant des enfants à l'exploitation et en nuisant à leur santé mentale.

« C'est la première fois que des réseaux sociaux doivent faire face à un jury pour avoir causé du tort à des enfants », a souligné Me Matthew Bergman, fondateur du Social Media Victims Law Center, dont l'équipe gère plus de 1 000 dossiers similaires. Plus de 40 procureurs généraux américains ont engagé des poursuites contre Meta, et plus de 2 300 procédures sont en cours devant des tribunaux fédéraux. Deux autres procès tests sont prévus en avril et juin, tandis qu'un dossier d'ampleur nationale pourrait se tenir au second semestre 2026 devant un tribunal fédéral d'Oakland.

Si le jury donne raison à la plaignante, ce verdict pourrait ouvrir la voie à un bouleversement juridique comparable à celui qu'a connu l'industrie du tabac dans les années 1990, contraignant les géants de la tech à repenser en profondeur la conception de leurs plateformes pour les plus jeunes.

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