C&A va fermer 24 magasins en France : 324 emplois menacés par ce huitième plan social
Après les faillites retentissantes de Camaïeu, Kookaï et Jennyfer, c'est au tour de C&A de réduire drastiquement sa présence en France. L'enseigne néerlandaise de prêt-à-porter à bas prix a annoncé la fermeture de 24 magasins et de 57 corners en grandes surfaces, menaçant 324 emplois sur l'ensemble du territoire. Un nouveau coup dur pour le secteur de l'habillement, en crise profonde depuis plusieurs années.
C'est lors d'un comité social et économique central, le 14 mars 2025, que la direction de C&A France a présenté ce plan de restructuration à ses salariés. L'entreprise, qui exploite encore une centaine de boutiques dans l'Hexagone et emploie environ 1 500 personnes, justifie cette décision par la nécessité d'« assurer l'avenir de la marque dans un marché français de l'habillement qui ne cesse de se dégrader ». Il s'agit officiellement du huitième plan social engagé par l'enseigne en France, une série noire qui témoigne des difficultés structurelles auxquelles la marque fait face depuis plus d'une décennie.
La liste des villes touchées est longue et concerne la quasi-totalité du territoire national. En Île-de-France, les magasins de Fresnes (Val-de-Marne), Buchelay (Yvelines), Cergy (Val-d'Oise), Brétigny-sur-Orge (Essonne) et Lieusaint (Seine-et-Marne) sont condamnés à baisser le rideau. Dans les Hauts-de-France, Lille, Arras, Noyelles-Godault, Louvroil, Proville et Compiègne verront leurs enseignes disparaître du paysage commercial. Nantes et Saint-Nazaire sont également concernées dans les Pays de la Loire — le magasin nantais de la rue de Feltre a d'ailleurs déjà fermé définitivement ses portes le 3 février dernier. Nancy dans le Grand Est, Tours en Centre-Val de Loire, Barentin en Normandie, Houssen et Schweighouse-sur-Moder en Alsace ainsi que Claira en Occitanie complètent cette liste.
Des corners en grande surface également sacrifiés
Au-delà des 24 magasins en propre, ce sont également 57 corners implantés dans des grandes surfaces partenaires qui vont disparaître. Les partenariats commerciaux avec Carrefour, Auchan et Intermarché n'ont en effet pas pu être renouvelés, privant C&A d'un réseau de distribution complémentaire qui lui permettait de toucher une clientèle de proximité. Au total, la direction estime que ce plan entraînerait « au maximum 324 licenciements », tout en promettant un « dispositif d'accompagnement social complet » incluant des propositions de reclassement interne, des aides à la reconversion professionnelle et un soutien à la création d'entreprise.
Du côté des syndicats, la colère gronde. La CGT dénonce une enseigne qui « enchaîne les PSE comme elle enchaînerait les périodes de soldes ». Sandrine Di Mambro, représentante syndicale, témoigne de la détresse des salariés : « Certains collègues ont subi trois plans de restructuration successifs. C'est psychologiquement très difficile, avec l'angoisse permanente de savoir si demain apportera un nouveau plan. » Selon le syndicat, quelque 800 emplois ont déjà été supprimés au fil des restructurations précédentes, vidant progressivement les effectifs de l'entreprise.
Un secteur du prêt-à-porter en pleine hémorragie
Le cas de C&A s'inscrit dans une tendance de fond qui frappe durement le commerce textile français. Camaïeu, liquidée en 2022, Kookaï, placée en redressement judiciaire, Jennyfer, Naf Naf et IKKS, victimes de la crise du prêt-à-porter : la liste des enseignes emblématiques qui disparaissent ne cesse de s'allonger. L'essor de l'ultra fast-fashion incarnée par des plateformes comme Shein et Temu, la montée en puissance du marché de la seconde main portée par Vinted, et les effets persistants de l'inflation sur le pouvoir d'achat des ménages ont profondément bouleversé les habitudes de consommation des Français.
Pour C&A, les difficultés ne se limitent d'ailleurs pas à la France. En Allemagne, où le groupe familial Brenninkmeijer possède son siège historique, un plan de fermeture concernerait une centaine des 450 magasins du pays. L'enseigne, présente dans l'Hexagone depuis les années 1970, avait déjà amorcé son repli en cédant 13 magasins en 2017, puis 8 en 2018, avant de fermer ses deux vitrines parisiennes emblématiques du boulevard Haussmann et de la rue de Rivoli en février 2023, supprimant alors 140 postes dont seulement 28 avaient été reclassés en interne.
Face à la concurrence féroce de Zara, H&M et Primark, et handicapée par une image de marque jugée vieillissante qui peine à séduire les jeunes générations, C&A tente une mue stratégique passant par un recentrage sur ses magasins les plus rentables. La direction mise désormais sur le développement du commerce en ligne et la modernisation de ses points de vente restants pour reconquérir une clientèle devenue volatile. Un pari risqué, alors que le marché français de l'habillement continue de se contracter année après année, laissant sur le carreau des milliers de salariés et des centres-villes de plus en plus désertés par les enseignes historiques.