Jumia quitte l'Algérie après 14 ans : la fin d'une époque pour le e-commerce
Jumia Technologies, le plus grand site de vente en ligne en Afrique, a officiellement annoncé la cessation de ses activités en Algérie ce mardi 10 février 2026, lors de la publication de ses résultats financiers pour l'année 2025. Après 14 ans de présence dans le pays, la plateforme de e-commerce se retire d'un marché qui ne représentait plus que 2 % de son volume brut de marchandises mondial.
La décision a été rendue publique dans le cadre de la présentation des résultats du quatrième trimestre et de l'exercice complet 2025. « En février 2026, Jumia a décidé de cesser ses activités en Algérie », indique le communiqué de l'entreprise, précisant que le marché algérien ne représentait qu'« environ 2 % du volume brut de marchandises (GMV) » en 2025. Un chiffre qui illustre la marginalisation progressive de ce marché dans la stratégie globale du groupe.
Pour Jumia, l'année 2025 aura été celle de tous les paradoxes. D'un côté, le chiffre d'affaires annuel a atteint 188,9 millions de dollars, en hausse de 13 % par rapport à 2024. Le dernier trimestre a été particulièrement dynamique, avec un revenu de 61,4 millions de dollars, en progression de 34 % sur un an. De l'autre, la plateforme affiche toujours une perte d'exploitation de 63,2 millions de dollars sur l'ensemble de l'exercice, malgré une nette amélioration par rapport aux 97,6 millions de pertes EBITDA enregistrées l'année précédente.
Un marché algérien devenu trop contraignant
L'Algérie présentait des défis structurels majeurs pour le commerce en ligne. Si le pays affiche un taux de pénétration d'internet élevé, les politiques commerciales restrictives, les contrôles à l'importation et une économie encore largement dominée par le paiement en espèces ont freiné le développement du secteur. Jumia avait pourtant réussi à s'adapter en proposant un système de paiement à la livraison, palliant ainsi la faiblesse des moyens de paiement électroniques en Algérie.
Mais cette adaptation n'a pas suffi face à la concurrence croissante des plateformes asiatiques. L'arrivée de géants comme Temu et Shein sur les marchés africains a considérablement rebattu les cartes. Pour tenter de répondre à cette pression, Jumia a ouvert un bureau d'approvisionnement à Yiwu, en Chine, l'un des plus grands centres de commerce de gros au monde, afin de renforcer ses achats directs et d'améliorer sa compétitivité tarifaire.
Le retrait d'Algérie n'est pas un cas isolé. En octobre 2024, Jumia avait déjà annoncé l'arrêt définitif de ses activités en Tunisie et en Afrique du Sud. L'Algérie était l'un des derniers marchés nord-africains du groupe, aux côtés de l'Égypte et du Maroc, qui restent dans le périmètre d'activité de l'entreprise.
Cap sur la rentabilité en 2027
La fermeture du marché algérien entraînera des coûts immédiats : indemnités de licenciement pour les employés, résiliation des baux commerciaux et liquidation des actifs. Jumia reconnaît que cette décision « pourrait temporairement avoir un impact négatif sur ses indicateurs financiers ». Mais à plus long terme, l'entreprise mise sur une meilleure allocation de ses ressources vers les marchés à fort potentiel de croissance.
Les effectifs du groupe poursuivent leur cure d'amaigrissement. Au 31 décembre 2025, Jumia comptait environ 2 010 employés, soit une baisse de 7 % par rapport à l'année précédente. L'entreprise maintient sa trajectoire pour atteindre l'équilibre de son EBITDA ajusté d'ici le quatrième trimestre 2026, avec l'ambition d'une rentabilité annuelle complète et d'un flux de trésorerie positif en 2027.
Sur les marchés financiers, la réaction a été immédiate. L'action Jumia (cotée au NYSE sous le symbole JMIA) a reculé de près de 9,4 % après la publication des résultats, les investisseurs ayant sanctionné un bénéfice par action inférieur aux attentes de Wall Street, avec une perte de 8 cents par action contre 5 cents anticipés.
Pour les consommateurs algériens, la disparition de Jumia marque la fin d'une ère pionnière du commerce en ligne dans le pays. Si d'autres acteurs locaux tentent de prendre le relais, le départ du leader continental illustre les difficultés persistantes de l'écosystème numérique algérien à offrir un environnement propice au développement du e-commerce à grande échelle.