Marseille pour Tous, l’élan citoyen qui pourrait rebattre les cartes des municipales
À Marseille, la liste citoyenne Marseille pour Tous, conduite par Erwan Davoux et Nora Preziosi, a créé la surprise lors de l’inauguration de son local de campagne samedi 10 janvier, attirant un public nombreux et une attention inédite pour une liste sans étiquette dans une campagne dominée par les appareils politiques traditionnels.
Cette dynamique n’est pas anodine : portée par un discours inclusif et tourné vers les habitants des quartiers oubliés, laissés-pour-compte, elle se présente comme une alternative réelle pour des électeurs déçus par les clivages partisans, en particulier face aux tensions croissantes entre les grands blocs politiques à Marseille.
Depuis plusieurs semaines, Marseille pour Tous multiplie les signes d’une énergie nouvelle. Sur son site, le mouvement se décrit comme un « mouvement citoyen, libre et sans étiquette » qui veut une ville solidaire et ouverte, « où chacun trouve sa place et peut participer à la vie de la cité ». Cette approche, ancrée dans l’idée d’un engagement collectif pour transformer le quotidien des Marseillais, résonne particulièrement dans un contexte où l’abstention et la défiance envers les partis classiques restent élevées.
La présence d’un public nombreux lors de l’ouverture du local, rassemblant des habitants de divers quartiers, illustre cette envie d’un autre récit politique à Marseille, loin des discours habituels de promesses creuses ou de divisions. Pour beaucoup, cette liste apparaît comme une bulle d’air frais, un espace où des voix non formatées par les logiques d’appareil peuvent enfin s’exprimer et être entendues.
Cependant, cette ambition citoyenne soulève aussi des questions politiques concrètes. À l’heure où la campagne s’intensifie, les observateurs soulignent que Marseille pour Tous pourrait gagner en clarté en adoptant une posture plus nette face à l’essor du Rassemblement National (RN), qui avec le député local Franck Allisio, se positionne comme un adversaire redoutable dans la course à l’hôtel de ville. Jusqu’ici, les porte‑parole de la liste dénoncent globalement les discours des « extrêmes », sans distinction particulière, mettant dans le même panier des forces aussi diverses que La France insoumise (LFI) et le RN. Cette équation risque de diluer le sens politique de leur propos, selon des analystes de la politique locale, en confondant des mouvements de gauche qui revendiquent l’inclusion sociale et un parti d’inspiration fasciste.
« Ce n’est pas seulement une question de vocabulaire, mais d’impact réel sur le terrain », confie un politologue marseillais. Selon lui, mettre clairement en avant un positionnement anti‑RN pourrait non seulement affirmer l’identité politique de Marseille pour Tous, mais aussi cristalliser un électorat opposé à l’extrême droite sans le forcer dans des alliances partisanes classiques. Ce positionnement stratégique serait d’autant plus pertinent dans des quartiers où l’inquiétude est grande face aux discours sécuritaires et identitaires du RN.
Une liste qui incarne un appel à l’engagement, mais confrontée aux réalités d’une campagne
Grâce à un socle de valeurs ancrées dans la solidarité, le vivre‑ensemble et la participation citoyenne, Marseille pour Tous capitalise sur une aspiration profonde à une politique plus proche des habitants. En réunissant des profils divers – acteurs sociaux, avocats, militants associatifs – la liste cherche à refléter la richesse et la complexité de Marseille, au‑delà des étiquettes politiques habituelles.
Pour autant, si elle veut transformer l’essai d’une dynamique de campagne en un score significatif au scrutin, Marseille pour Tous devra aussi naviguer dans l’arène politique réelle. Cela implique non seulement de clarifier son positionnement sur les enjeux les plus clivants, mais aussi de penser ses éventuelles alliances. En effet, dans l’hypothèse où elle parviendrait à un résultat appréciable, la question d’une négociation avec des forces comme LFI pourrait se poser au second tour, précisément parce que certaines de leurs bases électorales se rejoignent – notamment dans les quartiers populaires. La manière dont Marseille pour Tous gèrera ces possibles convergences sans renier son identité citoyenne sera un test décisif de maturité stratégique.
À moins de trois mois du premier tour, la trajectoire de Marseille pour Tous reste encore ouverte. Ce qui est certain, c’est que son entrée dans la campagne a déjà modifié les équilibres attendus, en proposant une voix qui refuse l’ornière des clivages traditionnels tout en appelant à une mobilisation large des Marseillais. Si ce mouvement parvient à affirmer clairement son opposition à l’extrême droite tout en restant fidèle à son esprit citoyen, il pourrait bien devenir une pièce maîtresse du puzzle politique marseillais en 2026 – ou au moins offrir à la ville une alternative nouvelle, réaliste et profondément ancrée dans la vie de ses habitants.