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Laurent Nuñez bientôt à Alger : la visite de la dernière chance

Alors que les relations franco-algériennes traversent leur pire crise depuis des décennies, le ministre français de l'Intérieur Laurent Nuñez prépare un déplacement à Alger qui pourrait sceller le sort du dialogue entre Paris et Alger. Conditionnée à des avancées concrètes sur les expulsions de ressortissants algériens et la libération du journaliste Christophe Gleizes, cette visite est présentée par de nombreux observateurs comme celle de la « dernière chance ».

Le locataire de la place Beauvau a réaffirmé le 3 février sur TF1 qu'il ne renoncerait pas à ses conditions préalables. « J'attends des bougés très forts sur deux sujets », a-t-il martelé, faisant référence à la reprise des reconduites aux frontières des Algériens sous obligation de quitter le territoire français (OQTF) et au sort du journaliste français emprisonné en Algérie.

Sur le volet migratoire, le constat dressé par le ministre est sans appel. Les ressortissants algériens représentent près de 30 % des personnes placées en centres de rétention administrative en France. « Que le flux se réamorce, ce n'est pas le cas », a-t-il déploré, rappelant que la délivrance des laissez-passer consulaires par Alger reste au point mort depuis la dégradation des relations bilatérales.

L'autre dossier brûlant concerne Christophe Gleizes, journaliste français de 36 ans, détenu depuis mai 2024 alors qu'il préparait un reportage sur la Jeunesse Sportive de Kabylie. Condamné à sept ans de prison pour « apologie du terrorisme », il est incarcéré depuis juin 2025 après la confirmation de sa peine en appel. Sa famille a déposé une demande de grâce présidentielle auprès des autorités algériennes.

Ségolène Royal monte au créneau

Face à l'enlisement, Ségolène Royal, présidente de l'association France-Algérie, a tenté une médiation. De retour d'Alger fin janvier, où elle a été reçue par le président Abdelmadjid Tebboune, elle a vivement pressé Laurent Nuñez de se rendre en Algérie. « Il faut y aller. Quand on pose des conditions, c'est qu'on ne veut pas y aller », a-t-elle lancé le 2 février. L'ancienne ministre a par ailleurs obtenu le transfert de Christophe Gleizes dans un établissement pénitentiaire proche d'Alger, après des mois de détention à Tizi-Ouzou.

De son côté, le président Tebboune a adopté une posture distante. « C'est une déclaration qui le concerne, elle ne me concerne pas. S'il veut venir, il est le bienvenu », a-t-il déclaré, tout en rappelant les raisons du blocage sur les OQTF : « Nous avons refusé les OQTF à un ministre parce qu'il se permettait de mettre dans un avion des Algériens que j'ai juré de protéger », en référence à son prédécesseur Bruno Retailleau.

Un alignement des planètes fragile

Malgré les blocages, le ministre français conserve un certain optimisme. Sur BFMTV le 10 février, il a assuré que « cette visite est en cours de préparation » et qu'il répondrait à l'invitation de son homologue algérien Saïd Sayoud. « On ne peut pas continuer à être dans cette absence de relation », a-t-il reconnu, précisant que les discussions techniques sécuritaires avaient repris entre les deux pays.

Le contexte reste néanmoins explosif. La crise diplomatique, déclenchée à l'été 2024 par la reconnaissance par Paris du plan d'autonomie marocain pour le Sahara occidental, s'est encore aggravée fin janvier après la diffusion sur France 2 d'un documentaire jugé hostile par Alger. Le chargé d'affaires français a été convoqué au ministère algérien des Affaires étrangères le 24 janvier.

Ancien patron de la DGSI et né à Oran de parents pieds-noirs, Laurent Nuñez dispose d'atouts que n'avait pas son prédécesseur pour renouer le fil du dialogue. Mais le temps presse. Attaqué à droite et à l'extrême droite par ceux qui jugent toute concession inacceptable, il doit prouver que sa méthode fondée sur la discrétion et le pragmatisme peut produire des résultats là où le bras de fer de Bruno Retailleau avait échoué. Une visite à Alger, même symbolique, serait le signal que le dégel est possible. Son absence prolongée confirmerait l'impasse.

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