Mondial 2026 : l'Algérie épuisée par les distances, la France épargnée
À quelques jours du coup d'envoi de la Coupe du monde 2026, organisée pour la première fois par trois pays — les États-Unis, le Canada et le Mexique —, une polémique enfle autour de l'équité sportive. Alors que la France évolue dans un mouchoir de poche sur la côte est américaine, l'Algérie est condamnée à un véritable marathon aérien entre Kansas City et la baie de San Francisco. Un déséquilibre logistique qui interroge sur le traitement réservé aux différentes sélections.
Le Mondial 2026 restera dans l'histoire comme le plus vaste jamais organisé. Élargi à 48 équipes et étalé sur trois nations et plusieurs fuseaux horaires, il impose à certaines sélections des distances dignes d'une tournée transcontinentale. Selon les analyses publiées par plusieurs médias spécialisés, l'écart entre les parcours les plus cléments et les plus éprouvants dépasse les 8 000 kilomètres sur la seule phase de groupes. Un gouffre inédit dans l'histoire de la compétition.
Dans le groupe J, l'Algérie côtoie l'Argentine, championne du monde en titre, l'Autriche et la Jordanie. Mais à composition de groupe identique, les conditions de déplacement n'ont rien de comparable. Les Fennecs disputeront leur premier match face à l'Argentine le 17 juin à l'Arrowhead Stadium de Kansas City, avant de filer vers l'ouest pour affronter la Jordanie le 23 juin au Levi's Stadium, dans la baie de San Francisco. Puis retour vers l'est, à Kansas City, pour défier l'Autriche le 28 juin.
Plus de 2 700 kilomètres pour les Fennecs, un confort total pour les Bleus
Entre Kansas City et San Francisco, la distance avoisine les 2 700 kilomètres, soit l'équivalent d'un Paris-Moscou. Les hommes de Vladimir Petković devront effectuer ce trajet à l'aller comme au retour, avec en prime un décalage horaire à absorber entre les deux fuseaux. La sélection algérienne a d'ailleurs établi son camp de base au complexe de Rock Chalk Park, à environ 80 kilomètres de Kansas City, privilégiant le calme à l'écart des grandes métropoles. Un choix de sérénité qui ne gomme toutefois pas la fatigue accumulée par ces allers-retours.
À l'inverse, l'équipe de France bénéficie d'un calendrier taillé sur mesure. Placés dans le groupe I avec le Sénégal, la Norvège et l'Irak, les Bleus disputeront l'intégralité de leurs rencontres sur la côte est des États-Unis, autour du MetLife Stadium du New Jersey, rebaptisé Stade de New York durant le tournoi. Les déplacements sont réduits au strict minimum, et les coups d'envoi, programmés à 15 h ou 17 h heure locale, tombent à 21 h et 23 h en France. Un confort à la fois pour les joueurs et pour les supporters.
Cette différence de traitement ne se limite pas à la France. L'Argentine, pourtant adversaire directe de l'Algérie dans le groupe J, profite elle aussi d'un parcours allégé, concentré autour de Dallas et de Kansas City, avec un cumul de déplacements estimé à quelques centaines de kilomètres seulement. De quoi nourrir le sentiment d'une compétition à deux vitesses, où les grandes nations du football semblent mieux loties que les autres.
Des horaires à 3 heures du matin pour les supporters maghrébins
Au-delà des kilomètres, c'est aussi le calendrier horaire qui pénalise les Fennecs et leurs fidèles. En raison du décalage entre l'Amérique du Nord et le bassin méditerranéen, les matchs de l'Algérie seront diffusés en pleine nuit : aux alentours de 3 heures du matin pour les rencontres jouées dans le centre des États-Unis, et jusqu'à 7 heures pour celle disputée sur la côte ouest. Une contrainte de taille pour les millions de supporters algériens, en Algérie comme au sein de la diaspora installée en France.
Les Bleus, eux, joueront à des heures de grande écoute pour le public hexagonal. Cette asymétrie alimente un débat plus large sur la place réservée aux sélections africaines et arabes dans l'organisation des grands rendez-vous mondiaux. Si la FIFA a réparti les équipes en zones géographiques — ouest, centre et est — afin de limiter les vols transcontinentaux, l'application concrète de ce principe semble avantager certaines nations au détriment d'autres.
Pour l'Algérie, qui retrouve la Coupe du monde après une longue absence et compte sur des renforts comme Luca Zidane, intégré au groupe malgré sa blessure, ces conditions ajoutent une difficulté supplémentaire à un défi déjà relevé. Les Fennecs devront puiser dans leurs ressources physiques et mentales pour compenser un handicap qu'ils n'ont pas choisi.
Du côté français, la sérénité est de mise. Sous la houlette d'une nouvelle ère incarnée par Zinedine Zidane à la tête des Bleus, la France aborde ce Mondial avec un environnement optimal. Reste à savoir si cet avantage logistique se traduira sur le terrain, et si les Fennecs parviendront à transformer l'adversité en source de motivation. Une chose est sûre : à l'heure où le football se veut universel, l'équité entre les nations demeure un chantier inachevé.