Maroc : le taux de remplissage des barrages dépasse les 70 %
Les réserves hydriques du Maroc connaissent un rebond spectaculaire. Au 15 février 2026, le taux de remplissage national des barrages a franchi la barre symbolique des 70 %, atteignant 70,3 %, soit un volume global de 11,8 milliards de mètres cubes. Une progression de 153 % par rapport à la même période de l'année précédente, où les réserves plafonnaient à 27,6 %.
Cette embellie hydrique met fin à sept années consécutives de sécheresse sévère qui avaient plongé le royaume dans une situation critique. En janvier 2026, les barrages affichaient encore un taux de 51,5 %. Les précipitations abondantes de la fin de l'hiver, portées par des rivières atmosphériques venues des tropiques et deux épisodes climatiques majeurs — les tempêtes Leonardo et Marta — ont radicalement changé la donne.
Le ministre de l'Équipement et de l'Eau, Nizar Baraka, a confirmé que les apports hydriques cumulés entre le 1er septembre 2025 et le 11 février 2026 ont atteint 12,17 milliards de mètres cubes, soit un excédent de 134 % par rapport à la moyenne saisonnière. « Ces réserves garantissent l'approvisionnement en eau potable pour au moins deux ans, voire trois selon les régions », a-t-il déclaré.
Les bassins du Nord en tête
La répartition géographique des réserves révèle de fortes disparités. Les bassins hydrauliques du Nord affichent des taux exceptionnels. Le bassin du Loukkos atteint 94,2 %, celui du Bouregreg 92,8 %, et le Sebou culmine à 91,3 % avec plus de 5 milliards de mètres cubes stockés, la plus importante réserve nationale. Les barrages Al Wahda (93 %), Idriss Ier (94 %) et Allal El Fassi (98 %) fonctionnent quasiment à pleine capacité.
Le bassin du Tensift, dans la région de Marrakech, enregistre lui aussi une remontée notable à 84,4 %, tandis que le barrage Oued El Makhazine, dans le Nord, a atteint sa pleine capacité. À Tanger, les cumuls pluviométriques ont dépassé 1 500 mm entre septembre et début février, un niveau inédit depuis plusieurs années.
Des disparités persistantes au Sud
Le tableau est moins favorable dans certaines régions méridionales. Le bassin de l'Oum Er-Rbia ne dépasse pas 44,8 %, plombé par le barrage Al Massira qui stagne à 21 %. Le Souss-Massa affiche un taux de 54,5 %, et le Drâa-Oued Noun reste le plus en retrait avec seulement 33,8 %. Ces écarts reflètent la répartition inégale des précipitations sur le territoire marocain.
Sur la côte orientale, la situation est plus encourageante. Le bassin de la Moulouya atteint 59,3 %, porté notamment par le barrage Mohammed V qui affiche 90 % de remplissage. Le bassin Guir-Ziz-Rhéris progresse quant à lui à 60,1 %.
Ce rebond historique des réserves hydriques renforce la sécurité en eau potable et en irrigation, deux enjeux vitaux pour l'économie marocaine fortement dépendante de l'agriculture. Toutefois, les experts appellent à la prudence. Les effets du changement climatique rendent ces épisodes pluvieux de plus en plus irréguliers, et la gestion durable de la ressource hydrique demeure un impératif stratégique pour le royaume.