Sahara occidental : pourquoi les négociations seront longues et complexes
Les pourparlers de Madrid des 8 et 9 février 2026 sur le Sahara occidental, les premiers en sept ans réunissant toutes les parties, se sont achevés sans percée majeure. Un constat s'impose : malgré l'implication directe de Washington, le chemin vers un accord politique reste semé d'obstacles, et les négociations s'annoncent bien plus longues que ne l'espéraient les médiateurs américains.
C'est dans l'enceinte de l'ambassade des États-Unis à Madrid que se sont retrouvées, dans le plus grand secret, les délégations du Maroc, de l'Algérie, de la Mauritanie et du Front Polisario. Côté marocain, le ministre des Affaires étrangères Nasser Bourita menait les discussions. Ahmed Attaf représentait l'Algérie, Mohamed Salem Ould Merzoug la Mauritanie, et Mohamed Yeslem Beissat le Polisario. Staffan de Mistura, envoyé personnel du secrétaire général de l'ONU, était présent en tant qu'observateur, un rôle en retrait qui illustre le basculement du leadership diplomatique vers Washington.
La rencontre avait été organisée par Massad Boulos, conseiller spécial de Donald Trump pour l'Afrique, et Michael Waltz, ambassadeur américain aux Nations unies. L'administration Trump, qui évoquait à l'automne 2025 la possibilité d'un « accord de paix entre l'Algérie et le Maroc dans les soixante jours », a dû revoir ses ambitions à la baisse. Les discussions, initialement prévues sur une seule journée, ont débordé sur un deuxième jour sans parvenir à un communiqué conjoint.
Des positions toujours inconciliables
Le Maroc a présenté une version actualisée et détaillée de son plan d'autonomie, un document d'une quarantaine de pages remplaçant la proposition succincte de 2007. Rabat défend l'idée que l'autonomie constitue en elle-même une expression du droit à l'autodétermination. En face, l'Algérie et le Polisario maintiennent leur exigence d'un référendum incluant l'option de l'indépendance, conformément au plan de paix onusien de 1991.
Cette divergence fondamentale sur la nature même du processus — autonomie sous souveraineté marocaine contre autodétermination pleine et entière — constitue le nœud gordien de ce conflit vieux d'un demi-siècle. « Participer à des négociations ne signifie pas nécessairement accepter d'avance leur résultat », avait rappelé Staffan de Mistura après l'adoption de la résolution 2797 du Conseil de sécurité en octobre 2025.
Les tensions étaient palpables à Madrid. La délégation algérienne a refusé la photo de groupe avec son homologue marocaine, y voyant un geste de normalisation prématuré. Aucune conférence de presse n'a été tenue. Seul un laconique communiqué de la mission américaine à l'ONU a salué des « discussions constructives », formule diplomatique qui masque mal l'absence de progrès tangibles.
Washington en première ligne, l'ONU en retrait
Depuis l'automne 2025, les États-Unis ont progressivement marginalisé le cadre onusien pour s'imposer comme l'acteur central du dossier. La résolution 2797, adoptée avec les abstentions de la Russie, de la Chine et du Pakistan, avait déjà marqué une inflexion en qualifiant le plan d'autonomie marocain de base « des plus réalistes » pour les négociations. Moscou avait alors dénoncé une « démarche de cowboys » de Washington au Conseil de sécurité.
Le mandat de Staffan de Mistura a été prolongé jusqu'à fin 2026, mais son rôle est désormais celui d'un observateur dans un processus piloté par les Américains. Ce transfert de leadership soulève des questions de légitimité. Le Front Polisario insiste sur le fait que toute négociation doit se dérouler sous les auspices des Nations unies, seul cadre doté d'une légitimité universelle reconnue.
La prochaine phase de négociations est prévue à Washington en mai 2026. Les Américains poussent pour la signature d'un accord-cadre politique dans un délai de trois mois, un calendrier que la plupart des observateurs jugent irréaliste au vu de la profondeur des désaccords. La création d'une « feuille de route de Madrid 2026 » constitue néanmoins un acquis procédural, même si son contenu exact reste confidentiel.
Dans ce contexte de rivalité diplomatique entre Washington et les institutions multilatérales, le risque est celui d'un processus à deux vitesses : une dynamique américaine volontariste d'un côté, et un cadre onusien affaibli mais toujours juridiquement incontournable de l'autre. Les négociations sur le Sahara occidental ne font que commencer leur nouvelle phase, et tout indique qu'elles seront longues.