Instrument anti-coercition : Macron dégaine le « bazooka » commercial de l'UE face à Trump
Emmanuel Macron hausse le ton face aux menaces commerciales américaines. Le président français a annoncé ce samedi 18 janvier qu'il demanderait l'activation de « l'instrument anti-coercition » de l'Union européenne si Donald Trump mettait à exécution ses menaces de surtaxes douanières. Une escalade sans précédent dans les relations transatlantiques qui intervient après l'annonce par le président américain d'une taxe de 10 % sur huit pays européens.
Donald Trump a jeté un pavé dans la mare diplomatique en annonçant l'imposition de nouveaux droits de douane sur le Danemark, la Norvège, la Suède, la France, l'Allemagne, le Royaume-Uni, les Pays-Bas et la Finlande. Ces mesures, effectives dès le 1er février, pourraient grimper à 25 % au 1er juin si aucun accord n'est trouvé sur la vente du Groenland, territoire autonome danois convoité par Washington.
« Aucune intimidation ou menace ne nous influencera – que ce soit en Ukraine, au Groenland ou ailleurs dans le monde », a réagi Emmanuel Macron sur le réseau social X. « Les menaces tarifaires sont inacceptables et n'ont pas leur place dans ce contexte. Les Européens répondront de manière unie et coordonnée si elles se confirment. »
Un arsenal juridique jamais utilisé
L'instrument anti-coercition, adopté en 2023, constitue l'arme la plus redoutable de l'arsenal commercial européen. Surnommé le « bazooka » par les eurodéputés, cet outil permet de lutter contre les mesures commerciales d'un pays tiers cherchant à influencer les décisions européennes. Il autorise l'Union à imposer des taxes douanières en représailles, geler l'accès aux marchés publics européens ou bloquer certains investissements étrangers.
Bernd Lange, président de la commission commerce du Parlement européen, n'a pas mâché ses mots : « Le président Trump utilise le commerce comme un instrument de coercition politique contre ses alliés européens. » L'eurodéputé allemand a appelé à suspendre immédiatement la mise en œuvre de l'accord de réduction des tarifs sur les produits américains conclu en juillet dernier.
La mise en œuvre de cet instrument requiert une majorité qualifiée des 27 États membres. Si le Conseil confirme qu'une coercition a lieu, la Commission européenne engage d'abord le dialogue avec le pays tiers. En cas d'échec, l'UE peut adopter des mesures de rétorsion ciblant États, entreprises ou individus.
L'Europe divisée face à la menace
Une réunion d'urgence des ambassadeurs européens s'est tenue dimanche à Bruxelles sous l'égide de Chypre, qui assure la présidence tournante de l'UE. L'Union a mis en garde contre une « spirale dangereuse » dans les relations commerciales transatlantiques.
Cependant, tous les dirigeants européens ne partagent pas la même fermeté. La Première ministre italienne Giorgia Meloni, réputée proche de Donald Trump, a qualifié dimanche la menace de surtaxes douanières d'« erreur ». « J'ai parlé à Donald Trump il y a quelques heures et je lui ai dit ce que je pense », a-t-elle déclaré lors d'une conférence de presse en Corée du Sud.
Certains diplomates européens estiment qu'il n'est pas opportun d'escalader la situation à ce stade. Mais pour Karin Karlsboro, eurodéputée suédoise, l'heure n'est plus à la temporisation : « Je ne vois aucune possibilité pour le Parlement européen de donner son feu vert à l'accord tarifaire lors du vote de mercredi. »
L'activation de l'instrument anti-coercition marquerait un tournant historique dans les relations entre l'Europe et les États-Unis, première utilisation de ce dispositif depuis sa création. Face aux ambitions de Donad Trump l'Union européenne se trouve à la croisée des chemins : céder à la pression ou affirmer sa souveraineté commerciale.