L'Égypte face à un déficit hydrique de 23 milliards de m³ par an
Le ministre égyptien des Ressources hydriques et de l'Irrigation, Hani Sewilam, a révélé devant le Sénat que l'Égypte réutilise environ 23,20 milliards de mètres cubes d'eau par an pour tenter de combler son déficit hydrique chronique. Une situation préoccupante pour ce pays de 110 millions d'habitants qui dépend à 97% des eaux du Nil.
Lors d'une séance plénière au Sénat dimanche 18 janvier, le ministre Sewilam a dressé un tableau alarmant de la situation hydrique égyptienne. Selon ses déclarations, les besoins annuels totaux en eau du pays s'élèvent à 88,55 milliards de mètres cubes, répartis entre l'agriculture (68,10 milliards), l'eau potable (12,45 milliards), l'industrie (5,50 milliards) et d'autres usages (2,50 milliards).
Face à ces besoins colossaux, les ressources disponibles restent insuffisantes. L'Égypte dispose de 55,5 milliards de m³ issus de sa quote-part des eaux du Nil, auxquels s'ajoutent les eaux de pluie et les nappes souterraines. « La part annuelle par habitant est tombée à environ 500 m³, bien en deçà du seuil de pauvreté en eau fixé par l'ONU à 1 000 m³ », a alerté le ministre.
Le spectre du barrage de la Renaissance
Cette crise hydrique intervient dans un contexte de tensions régionales exacerbées. L'Éthiopie a inauguré le 9 septembre 2025 le Grand Barrage de la Renaissance (GERD), le plus vaste ouvrage hydroélectrique d'Afrique, d'une capacité de 5 150 mégawatts. Un projet de 5 milliards de dollars que Le Caire considère comme une « menace existentielle ».
Le Nil Bleu, sur lequel se situe le barrage éthiopien, fournit 85% des eaux qui parviennent en Égypte. Sans accord contraignant avec Addis-Abeba sur le remplissage et l'exploitation du réservoir de 74 milliards de m³, l'Égypte craint pour sa sécurité alimentaire et son approvisionnement en eau.
Le même jour que l'inauguration du GERD, les autorités égyptiennes ont saisi le Conseil de sécurité des Nations unies. Le président Abdel Fattah al-Sissi a réaffirmé que l'eau du Nil constituait une « question d'existence, non négociable ». L'Éthiopie a répliqué en accusant l'Égypte d'entretenir une « mentalité coloniale ».
Une stratégie de modernisation face à l'urgence
Pour faire face à cette crise, le gouvernement égyptien a lancé le programme « Irrigation 2.0 », une stratégie globale reposant sur neuf piliers. Parmi les mesures phares : l'extension de la réutilisation des eaux de drainage, le développement du dessalement, et l'introduction de technologies intelligentes de gestion de l'eau via l'imagerie satellite et l'analyse de données.
Le ministre Sewilam a également annoncé l'allocation d'un budget annuel de 1,14 milliard de livres égyptiennes pour le curage des cours d'eau. Chaque année, 1,70 million de m³ de déchets sont retirés des canaux et 2,60 millions de m³ des drains. Les grandes stations de traitement ont permis d'ajouter 4,8 milliards de m³ par an au système hydrique national.
Le projet national de régulation du Nil, estimé à 350 millions de livres, vise à restaurer la capacité hydraulique du lit du fleuve grâce à des cartes numériques. L'Égypte mise également sur un vaste programme de dessalement avec des partenariats public-privé, ciblant une production de 9 millions de m³ d'eau potable par jour d'ici 2050.
Malgré les tensions diplomatiques, les experts estiment qu'un conflit ouvert entre l'Égypte et l'Éthiopie reste « peu probable ». Le remplissage progressif du réservoir du GERD n'a pas encore eu d'impact significatif sur les ressources égyptiennes. Mais Le Caire maintient sa revendication d'un accord garantissant son quota historique de 5,5 milliards de m3 d'eau dans le Nil par an.