Phosphate : Tebboune réclame la mise en service rapide du quai d'Annaba
Le président Abdelmadjid Tebboune a demandé dimanche 18 octobre, en Conseil des ministres, de mettre en exploitation « dans les meilleurs délais » le quai phosphatier du port d'Annaba, qu'il juge désormais d'« importance régionale et méditerranéenne », selon le communiqué traduit par l'APS. Le texte ne fixe aucune nouvelle date. L'échéance de mars 2027 pour les premières exportations du phosphate de Bled El Hadba, arrêtée en avril, reste la seule référence officielle.
La réunion de dimanche était consacrée à trois exposés, détaille l'APS : un mécanisme de suivi quotidien des prix des produits de base, l'avancement de la ligne ferroviaire minière Bled El Hadba-Port d'Annaba et du quai minéralier, puis les marchés de gré à gré pour raccorder les stations de dessalement de Chlef, Mostaganem et Tlemcen. Sur le volet minier, le communiqué tient en deux points. Le premier concerne le quai d'Annaba, le second ordonne le lancement immédiat, à partir de Tamanrasset, de la ligne ferroviaire Laghouat-El Meniaa-In Salah-Tamanrasset. Algérie Eco et Just-InfoDZ ont relayé ces instructions dimanche soir et lundi.
Le calendrier, lui, a été fixé lors de réunions précédentes. Le 25 janvier, le chef de l'État avait exigé l'achèvement de la ligne minière avant la fin de 2026 et une mise en exploitation au plus tard au premier trimestre 2027, avec des rapports mensuels, rappelle le site twala. Le 19 avril, il a chargé le nouveau ministre des Mines d'atteindre « le stade de l'exportation du phosphate en mars 2027 au plus tard », la fin des travaux du quai minéralier étant prévue à la même date, d'après le compte rendu de la Radio algérienne. Le communiqué du 18 octobre ne donne aucun nouveau taux d'avancement et ne confirme pas davantage cette date, relève twala.
Du gisement de Tébessa au quai d'Annaba, une chaîne encore en chantier
Le projet dit de phosphate intégré relie trois maillons. À Bled El Hadba, près de Bir El Ater dans la wilaya de Tébessa, la mine doit extraire 5,5 millions de tonnes de phosphate brut par an pour produire 3,2 millions de tonnes de concentré. À Oued El Keberit, dans la wilaya de Souk Ahras, les futures usines doivent sortir 2,4 millions de tonnes d'engrais phosphatés et 570 000 tonnes d'urée par an, ainsi que de l'acide sulfurique, de l'acide phosphorique et de l'ammoniac, selon les chiffres de Sonatrach rapportés par twala le 12 août.
Ce jour-là, Sonatrach et l'Algerian Fertilizers Company ont signé deux contrats d'ingénierie et de construction : l'un avec l'italien Saipem pour les installations minières et les usines d'engrais, l'autre avec le chinois China Harbour Engineering Company (CHEC) pour le port d'Annaba. Saipem a précisé n'avoir reçu qu'une autorisation de démarrage d'environ 500 millions d'euros, le contrat complet restant à finaliser. Le montant du contrat portuaire de CHEC n'a pas été rendu public, note twala. En avril, le président avait d'ailleurs ordonné de renforcer le partenariat algéro-chinois dans la construction portuaire et le dragage pour réaliser ce quai.
Entre la mine et la mer, la ligne minière de l'Est s'étire sur 422 kilomètres, de la région de Tébessa au port d'Annaba en passant par Souk Ahras et Guelma. Ses travaux de dédoublement, de rectification et de modernisation sont découpés en plusieurs tronçons. Les 24 et 25 septembre, le ministre des Travaux publics Abdelkader Djellaoui a inspecté plusieurs sections et demandé aux entreprises de renforcer leurs moyens humains et matériels, rapporte twala. En janvier, le dédoublement des tronçons Annaba-Bouchegouf et Oued Keberit-Driéa était déjà présenté comme avancé.
Au port, 910 pieux sur 1 322 et une capacité visée de dix millions de tonnes
Au port d'Annaba, les travaux des installations destinées à recevoir et charger les produits phosphatés ont été lancés officiellement le 23 septembre par trois ministres, Abdelkader Djellaoui, Mohamed Arkab (Hydrocarbures) et Mourad Hanifi (Mines). Le chantier est confié à CHEC, associé aux algériens Cosider Travaux publics et Meditram, précise Just-InfoDZ. Lors de cette visite, les autorités ont indiqué que 910 des 1 322 pieux prévus étaient réalisés, à raison de sept à dix par jour, et que le remblaiement portait sur environ 82 hectares, selon twala.
À terme, les nouvelles installations doivent traiter quelque dix millions de tonnes de phosphate et de produits phosphatés par an, toujours d'après twala. Just-InfoDZ décrit un quai de 1 600 mètres avec 16 mètres de tirant d'eau, capable d'accueillir des vraquiers de 80 000 tonnes. Le même site affirme qu'une première cargaison de phosphate brut pourrait arriver sur les quais avant la fin de 2026 ; aucun texte officiel consulté ne mentionne cette échéance.
Reste que l'achèvement du quai ne suffira pas. Pour exporter, il faut que la mine, les unités de traitement, la voie ferrée et les équipements portuaires fonctionnent ensemble, souligne twala. À cinq mois de mars 2027, le gouvernement continue de réclamer l'accélération des travaux sans publier de calendrier actualisé. L'enjeu dépasse Annaba : en avril, Tebboune rappelait que le plan économique du pays vise à faire des mines « un secteur vital générateur de richesse » et un levier pour rompre avec la dépendance aux hydrocarbures, dont les exportations de GNL vers l'Europe restent aujourd'hui le pilier.