Mort d'El Hacen Diarra : Laurent Nuñez confirme les caméras-piétons désactivées
Une semaine après le décès d'El Hacen Diarra dans les locaux du commissariat du 20e arrondissement de Paris, le ministre de l'Intérieur Laurent Nuñez a confirmé devant l'Assemblée nationale que les caméras-piétons des policiers impliqués dans l'interpellation n'étaient pas activées. Une absence d'images qui alimente les soupçons de la famille et relance le débat sur les violences policières en France.
El Hacen Diarra, mauritanien de 35 ans, est décédé dans la nuit du 14 au 15 janvier 2026 alors qu'il se trouvait en garde à vue. Cet ouvrier résidait depuis plusieurs années dans un foyer du 20e arrondissement de Paris. Selon le parquet, il avait été interpellé par des policiers de la Brigade territoriale de contact (BTC) qui l'avaient surpris en train de rouler un joint de cannabis, juste en bas de son lieu de résidence.
L'intervention a rapidement dégénéré. Selon la version policière, El Hacen Diarra aurait refusé de se soumettre aux palpations de sécurité, provoquant une altercation. Les agents ont alors fait usage d'un pistolet à impulsion électrique, le touchant à la cheville. Une vidéo filmée par des voisins et diffusée sur les réseaux sociaux montre deux policiers portant des coups de poing à un homme plaqué au sol. Dans l'enregistrement sonore, on distingue la victime criant : « Vous m'étranglez ! »
Des caméras « déchargées » selon la police
Interrogé lors des questions au gouvernement le 20 janvier, Laurent Nuñez a dû répondre aux interpellations des députés sur cette affaire. Le ministre de l'Intérieur a confirmé que les caméras-piétons des agents « n'étaient pas activées ». La version officielle invoque un « défaut de batterie », les équipements étant prétendument déchargés au moment des faits.
Cette explication suscite l'incrédulité de la famille et de son avocat, Me Yassine Bouzrou. Ce dernier dénonce une situation « peu crédible (qui) soulève désormais la question d'une éventuelle dissimulation de preuves ». L'absence totale d'images - ni caméras-piétons, ni vidéosurveillance sur la voie publique - constitue un obstacle majeur pour l'établissement de la vérité.
Malgré ces zones d'ombre, Laurent Nuñez a affirmé n'avoir « aucune raison de suspendre les fonctionnaires de police en question », assurant faire « confiance à la justice pour faire toute la lumière sur cette affaire ». Une position vivement critiquée par les associations de défense des droits humains et plusieurs formations politiques.
L'autopsie révèle une fracture du cartilage thyroïdien
Les résultats de l'autopsie, pratiquée dans les jours suivant le décès, ont révélé des éléments troublants. Outre une « défaillance cardio-circulatoire » comme cause officielle du décès, les médecins légistes ont constaté une fracture du cartilage thyroïdien - lésion caractéristique d'un étranglement - ainsi qu'une plaie profonde au niveau de la tempe droite.
La famille d'El Hacen Diarra, originaire de la région de Baydam en Mauritanie, proche des frontières malienne et sénégalaise, réclame désormais le placement en garde à vue des policiers impliqués. Le parquet de Paris a ouvert lundi 19 janvier une information judiciaire pour « violences volontaires ayant entraîné la mort par personne dépositaire de l'autorité publique », soit cinq jours après les faits.
Un millier de personnes se sont rassemblées dimanche 18 janvier dans le 20e arrondissement pour rendre hommage à El Hacen Diarra. Le Mouvement contre le racisme et pour l'amitié entre les peuples (MRAP) et la Ligue des droits de l'Homme ont demandé la suspension immédiate des policiers impliqués. La communauté mauritanienne de France, profondément touchée par ce drame, appelle à ce que justice soit rendue.