Procès du RN : une galette des rois comme seule preuve de travail pour Louis Aliot
Devant la cour d'appel de Paris ce jeudi 22 janvier, le maire RN de Perpignan Louis Aliot s'est retrouvé dans l'incapacité de fournir des preuves tangibles du travail effectué par son ancien assistant parlementaire Laurent Salles. Face aux questions insistantes de l'avocat général, une réalité embarrassante s'est imposée : seule une invitation à la galette des rois figure dans l'agenda de l'élu.
"Vous n'avez fourni aucune preuve. On n'a rien, on a un échange téléphonique et une galette des rois. Est-ce que vous pensez sérieux de dire aujourd'hui que Laurent Salles a travaillé pour vous ?" La question cinglante de l'avocat général résume à elle seule l'embarras dans lequel se trouve Louis Aliot depuis l'ouverture de son audition.
Le maire de Perpignan, condamné en première instance à 18 mois de prison dont 6 ferme sous bracelet électronique et à trois ans d'inéligibilité, maintient pourtant sa version des faits. "Oui", a-t-il répondu, affirmant que Laurent Salles effectuait bien un travail de secrétariat pour son compte. Une défense qui peine à convaincre au regard des éléments du dossier.
Huit mails en sept mois de contrat
L'enquête a révélé des chiffres accablants. Entre juillet 2014 et février 2015, période durant laquelle Laurent Salles était officiellement employé comme assistant parlementaire, les enquêteurs n'ont retrouvé que huit mails et un seul SMS échangés entre les deux hommes. Pour un salaire mensuel de 2 560 euros financé par les fonds du Parlement européen.
Plus troublant encore : lors de son interrogatoire, Laurent Salles avait reconnu n'être jamais allé au Parlement européen et ne pas connaître les autres assistants parlementaires de Louis Aliot. Il n'avait d'ailleurs jamais passé d'entretien d'embauche avant de signer son contrat. Le tribunal de première instance a estimé que les 29 967 euros versés avaient en réalité servi à rémunérer un employé travaillant pour le Front national en France.
La défense du "grand désordre"
Face à ces accusations, Louis Aliot a tenté de plaider l'incompétence organisationnelle plutôt que la fraude délibérée. "La frontière est introuvable... ou alors elle est très difficilement trouvable", a-t-il déclaré à propos de la distinction entre travail parlementaire et travail partisan. Une expression qu'il a répétée à cinq reprises durant son audition.
Le maire de Perpignan attribue ces dysfonctionnements au "grand désordre" qui régnait au sein du parti après son triomphe aux élections européennes de 2014, où le FN avait décroché 24 sièges de députés. "Ça aurait dû être ma boussole de mettre tout ça au carré", a-t-il concédé, reconnaissant implicitement des manquements.
La présidente de la cour a également pointé une incohérence majeure : dans l'annuaire interne du FN, Laurent Salles apparaissait comme "assistant aux grandes manifestations". "S'il est votre assistant parlementaire, ça n'a aucun intérêt qu'on le relie aux manifestations dans cet annuaire !", s'est-elle étonnée. Une remarque à laquelle Louis Aliot n'a pu opposer qu'une explication confuse sur le standard téléphonique du parti.
Ce procès en appel, qui se poursuit jusqu'au 12 février, concerne au total 25 accusés dont Marine Le Pen, condamnée en première instance à quatre ans de prison dont deux ferme et cinq ans d'inéligibilité. Le verdict est attendu à l'été 2026, avant les échéances électorales qui s'annoncent décisives pour l'extrême droite française.