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Affaire Deranque : dix jours qui ont embrasé la France

Dix jours après l'agression mortelle de Quentin Deranque, 23 ans, aux abords de Sciences Po Lyon, la France reste sous le choc d'une affaire qui a provoqué sept mises en examen, une crise politique majeure et un incident diplomatique. Retour sur un drame devenu le symbole d'une France fracturée.

Le 12 février 2026, peu avant 18 heures, des heurts éclatent en marge d'une conférence de l'eurodéputée LFI Rima Hassan à l'Institut d'études politiques de Lyon. Quentin Deranque, étudiant en mathématiques et militant du collectif fémonationaliste Némésis, est roué de coups par « au moins six individus masqués et cagoulés », selon les termes du procureur de Lyon, Thierry Dran. Projeté au sol, il reçoit de multiples frappes à la tête.

L'autopsie révélera un « traumatisme crânio-encéphalique majeur, associé à une fracture temporale droite », des lésions qualifiées par les médecins légistes de « mortelles à brève échéance et au-delà de toutes ressources thérapeutiques ». Le jeune homme décède le 14 février, jour de la Saint-Valentin, à l'hôpital de Lyon.

Affaire Quentin Deranque à Lyon

L'affaire Quentin Deranque a suscité une onde de choc dans toute la France, cristallisant les tensions politiques entre extrême gauche et extrême droite.

Sept mises en examen et l'ombre de la Jeune Garde

L'enquête, d'abord ouverte pour violences aggravées, est rapidement requalifiée en homicide volontaire. Le 19 février, sept personnes sont mises en examen au tribunal judiciaire de Lyon. Six d'entre elles, âgées de 20 à 26 ans — étudiants, employés ou sans emploi — sont poursuivies pour « homicide volontaire, violences aggravées et association de malfaiteurs ». Elles sont placées en détention provisoire.

Le septième mis en examen, Jacques-Élie Favrot, 25 ans, assistant parlementaire du député LFI Raphaël Arnault, est poursuivi pour « complicité d'homicide volontaire par instigation ». Une qualification lourde, qui lui prête un rôle d'influence dans le passage à l'acte. Adrian Beysseyre, un autre collaborateur du député, figure parmi les six personnes poursuivies pour homicide volontaire. Ces liens avec l'entourage de Raphaël Arnault, cofondateur de la Jeune Garde antifasciste dissoute en juin 2025, placent La France Insoumise dans une position d'isolement politique sans précédent.

Une marche sous haute tension et des saluts nazis

Le samedi 21 février, quelque 3 200 personnes défilent à Lyon en hommage au jeune homme. Le cortège, parti de la place Jean Jaurès, emprunte la rue Victor Lagrange, lieu de l'agression, où une large banderole noire proclamant « Adieu Camarade » est déployée. L'émotion est palpable, mais la marche est aussi l'occasion d'une démonstration de force de l'ultradroite.

Des saluts nazis et des chants racistes sont captés en vidéo, provoquant la réaction immédiate de la préfète du Rhône, qui signale les faits au procureur de la République. Les parents de Quentin Deranque, qui ont déposé plainte pour « meurtre en bande organisée », avaient pris soin de ne pas participer à cette marche organisée par des groupes d'extrême droite, appelant au calme et à la retenue.

L'affaire a franchi les frontières. La Première ministre italienne Giorgia Meloni a dénoncé sur X un « climat de haine idéologique », provoquant une réplique sèche d'Emmanuel Macron et une crise diplomatique entre Paris et Rome. Outre-Atlantique, le Bureau antiterroriste du Département d'État américain a jugé que les circonstances de cette mort « devraient tous nous préoccuper ».

Alors que le président de la République a annoncé un examen complet de tous les groupes activistes violents liés à des partis politiques, la France retient son souffle. Entre instrumentalisation politique, désinformation en ligne et tensions communautaires, l'affaire Deranque révèle les fractures profondes d'une société en ébullition. La justice, désormais, a la parole.

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