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Affaire Epstein : la mécanique Jack Lang, du mail "Petit Prince" aux perquisitions

La publication de trois millions de documents déclassifiés par le département de la Justice américain, le 30 janvier 2026, a propulsé Jack Lang au cœur d'un scandale qui ne cesse de s'amplifier. L'ancien ministre de la Culture, figure tutélaire de la gauche française pendant trois décennies, se retrouve rattrapé par ses liens avec Jeffrey Epstein, le financier américain condamné pour crimes sexuels, mort en prison en 2019.

Parmi les milliers de documents rendus publics, un échange de courriels daté de janvier 2013 a particulièrement retenu l'attention. Jack Lang transmet à Jeffrey Epstein, par l'intermédiaire de son conseiller Fabrice Parsy, un texte en anglais dont l'objet est : « Petit Prince ». Le document, intitulé « L'Éducation d'un Petit Prince pour tous nos enfants », porte sur l'éducation des futurs rois de France aux XVIe et XVIIe siècles et s'interroge sur la spécialisation précoce dans l'éducation des enfants.

La réponse d'Epstein, quelques heures plus tard, a provoqué l'onde de choc : « L'enfant devrait-il être initié à la religion ? Nouvelles sexualités… Les tester ? À quelle fréquence, tests standardisés ? » Des questions dont la formulation, dans le contexte des crimes reprochés au financier, a suscité une vague d'indignation. Caroline Lang aurait répondu que son père acceptait d'intégrer ces suggestions. Le document fut ensuite transmis à Howard Gardner, professeur d'éducation à Harvard, qui le compara à l'Émile de Rousseau tout en jugeant son contenu trop général pour être exploitable.

Une proximité qui dépasse le cadre intellectuel

Le nom de Jack Lang apparaît 673 fois dans les documents déclassifiés. Cette omniprésence témoigne d'une relation entretenue entre 2010 et au moins 2017. Epstein qualifiait Lang de « grand ami » et d'« icône » française, n'hésitant pas à le présenter dans un courriel de 2013 comme « travaillant pour sa fondation à Paris ». En décembre 2012, Lang invitait Epstein à une représentation de West Side Story à Paris. En octobre 2013, à l'annonce d'une visite d'Epstein, il répondait : « Pour toi, tout le temps ». En septembre 2017, il demandait même à emprunter sa voiture pour se rendre à l'anniversaire du frère de l'Aga Khan.

Les liens financiers sont venus compliquer le tableau. Selon Le Monde, deux virements de 50 000 euros chacun avaient été promis fin 2012 à l'Association des cultures du monde (ADCM), fondée en 1993 par Jack Lang. Caroline Lang avait transmis les coordonnées bancaires de l'association à Epstein le 26 novembre 2012. Si la famille Lang affirme que ces sommes n'ont jamais été versées, un courriel d'un comptable d'Epstein mentionne deux paiements de 50 000 euros en face de la mention « Caroline Lang – Paris » avec le statut « paid ».

Plus troublant encore : Caroline Lang a cofondé en 2016 avec Epstein une société offshore domiciliée dans les Îles Vierges américaines, destinée officiellement à « favoriser l'acquisition d'œuvres de jeunes artistes ». Cette entité n'avait pas été déclarée au fisc français, de l'aveu même de Caroline Lang. Le testament d'Epstein, signé deux jours avant sa mort, prévoyait en outre un legs de cinq millions de dollars en faveur de la fille de l'ancien ministre.

La chute d'un monument politique

Jack Lang incarne un symbole de la vie politique française. Ministre de la Culture à répétition sous François Mitterrand, souvent crédité – à tort, selon certains – de la création de la Fête de la musique, il a traversé les décennies avec une déférence rare, y compris dans les rangs de la droite. Depuis 2013, il occupait la présidence de l'Institut du monde arabe (IMA), un poste initialement bénévole pour lequel il avait obtenu une rémunération de 9 000 euros mensuels, en plus de ses multiples retraites d'ancien parlementaire et ministre.

Face à la tempête médiatique, Jack Lang a finalement proposé sa démission de l'IMA le 7 février 2026, sous la pression d'Emmanuel Macron et du ministre des Affaires étrangères Jean-Noël Barrot, qui l'avait convoqué au Quai d'Orsay. « Les accusations portées contre moi sont infondées », a-t-il déclaré, assurant accueillir l'enquête préliminaire « avec sérénité et même soulagement ». Interrogé sur le fameux courriel « Petit Prince », il a affirmé : « Je ne sais pas, je ne peux pas vous répondre, je ne peux pas inventer, je ne sais pas. »

Le 16 février, des perquisitions ont été menées à l'Institut du monde arabe et à d'autres adresses, dans le cadre de l'enquête du Parquet national financier pour « blanchiment de fraude fiscale aggravée ». Caroline Lang a également démissionné de son poste de déléguée générale du Syndicat des producteurs indépendants, seulement trois semaines après sa nomination.

Il convient de souligner qu'aucun document rendu public n'implique directement Jack Lang ou sa fille dans les crimes sexuels reprochés à Epstein. La mention d'une personnalité dans les dossiers Epstein ne présuppose aucun acte répréhensible. L'enquête en cours porte exclusivement sur des soupçons de nature.

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