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Affaire Epstein : Piotr Tolstoï dénonce l'« hypocrisie morale » des élites occidentales

Dans un entretien diffusé mi-février 2026 sur une chaîne de dialogue franco-russe, Piotr Tolstoï, vice-président de la Douma d'État russe et arrière-arrière-petit-fils de l'écrivain Léon Tolstoï, a lancé une charge virulente contre les élites occidentales à la faveur de la publication des dossiers Epstein par le département de la Justice américain. Ses propos, largement relayés sur les réseaux sociaux, alimentent la guerre narrative entre Moscou et les capitales occidentales.

La séquence a rapidement fait le tour des plateformes numériques. Interrogé sur la rumeur faisant de Jeffrey Epstein un supposé espion russe, Piotr Tolstoï a choisi l'ironie pour balayer l'accusation. « Mais bien sûr ! Bien sûr qu'il était un espion russe ! Vous savez que la Russie contrôle tout avec ses espions. Et dans chaque micro-ondes dans les domiciles des Français, il y a un espion russe », a-t-il lancé avec un sourire moqueur, tournant en dérision une thèse qu'il juge absurde.

Puis le ton est devenu plus offensif. Dans une formule devenue virale, le député russe a asséné : « Le matin, ils donnent des leçons de morale, le soir ils sont sur l'île d'Epstein. » Une phrase-choc qui vise directement les responsables politiques occidentaux et qui a été massivement reprise, souvent sortie de son contexte ironique initial, pour devenir un slogan anti-occidental sur les réseaux sociaux.

Les dossiers du DOJ, une mine explosive

Ces déclarations interviennent dans un contexte brûlant. Le 30 janvier 2026, le département de la Justice américain a rendu publics plus de trois millions de documents relatifs à Jeffrey Epstein, en application de l'Epstein Files Transparency Act signé par Donald Trump. Parmi ces fichiers, le nom de Vladimir Poutine apparaît à un millier de reprises dans les échanges de courriels du financier déchu, révélant ses tentatives répétées d'approcher le Kremlin.

Les documents montrent qu'entre 2011 et 2019, Epstein a multiplié les contacts avec des décideurs russes. Il a notamment sollicité Sergueï Beliakov, ancien vice-ministre de l'Économie et diplômé de l'académie du FSB, pour obtenir des informations et faciliter des transactions. En mai 2013, Epstein proposait même à Poutine, par l'intermédiaire de l'ex-Premier ministre norvégien Thorbjørn Jagland, de « réinventer le système financier du XXIe siècle » grâce à des monnaies numériques et des contrats intelligents.

Mais les fichiers révèlent aussi un volet plus sombre : un réseau de recrutement de jeunes femmes russes, avec des scouts et des agences de mannequins opérant directement depuis la Russie. Des éléments qui contredisent la posture de protecteur moral adoptée par Moscou.

Une stratégie de contre-offensive informationnelle

Pour les analystes, les propos de Tolstoï s'inscrivent dans une stratégie délibérée du Kremlin. Plutôt que de répondre aux révélations embarrassantes des dossiers du DOJ concernant les liens d'Epstein avec des personnalités russes, Moscou préfère retourner l'accusation contre les Occidentaux. Le Kremlin a d'ailleurs balayé d'un revers de main les soupçons de collusion, le porte-parole Dmitri Peskov déclarant avec dédain : « Je suis tenté de faire beaucoup de plaisanteries sur cette théorie, mais ne perdons pas notre temps. »

Cette offensive dépasse le seul cadre des déclarations de Tolstoï. L'agence française Viginum a identifié une campagne de désinformation liée à l'opération russe Storm-1516, visant à impliquer faussement Emmanuel Macron dans l'affaire Epstein à l'aide de documents fabriqués et de faux articles de presse. La Pologne a pour sa part annoncé l'ouverture d'une enquête sur les possibles liens entre Epstein et les services de renseignement russes.

Reste que la phrase-missile de Tolstoï continue de circuler, détachée de son contexte. Si le vice-président de la Douma s'exprimait sur un registre provocateur et ironique, sa formule a pris une vie propre, alimentant un récit complotiste qui sert les intérêts de la propagande russe. Dans cette guerre de l'information, chaque camp instrumentalise les Epstein Files selon ses propres objectifs, au risque de brouiller une vérité judiciaire qui reste encore largement à établir.

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