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David Khayat, le cancérologue qui conseille Philip Morris

Peut-on consacrer sa carrière à lutter contre le cancer tout en conseillant le premier producteur mondial de cigarettes ? C est le paradoxe incarné par David Khayat, cancérologue de renom et fondateur de l Institut national du cancer, désormais consultant pour Philip Morris International. Une situation qui suscite l indignation d Agnès Buzyn, ancienne ministre de la Santé.

Le magazine Complément d enquête, diffusé jeudi 19 mars sur France 2, a braqué ses projecteurs sur cette collaboration controversée. Dans une enquête intitulée "Vapoteuses : l empire de la clope contre-attaque", les journalistes ont suivi le professeur Khayat jusqu à Tanger, au Maroc, où il participait à un congrès médical sponsorisé par Philip Morris.

Dès le début de son intervention, l oncologue a affiché son "conflit d intérêts", tout en justifiant sa position par les supposés bénéfices des alternatives au tabac. Selon lui, le snus, la cigarette électronique et le tabac chauffé présenteraient des risques "inférieurs à 2%" par rapport à la cigarette classique.

Des études financées par l industrie du tabac

Problème : les chiffres avancés par David Khayat proviennent d études financées par la Fondation pour un monde sans fumée, elle-même créée et financée par Philip Morris International. L Agence nationale de sécurité sanitaire (ANSES) considère que ces produits du vapotage présentent des risques avérés pour la santé.

L enquête de Complément d enquête révèle également l origine du fameux chiffre de "95% de risques en moins" répété par l industrie. Martin McKee, chercheur à Londres, a découvert que ce pourcentage provenait d une seule étude, financée par Euroswiss Health, dont le dirigeant était consultant pour British American Tobacco.

"C est plus un slogan qu une réalité scientifique", a tranché Benoît Labarbe, directeur à l ANSES, dans un rapport de 700 pages publié en février.

La colère d Agnès Buzyn

L ancienne ministre de la Santé n a pas mâché ses mots. "C est extrêmement choquant", a-t-elle déclaré après avoir visionné les images de l enquête. Celle qui a présidé l Institut national du cancer voit dans cette collaboration une trahison des valeurs médicales.

"La seule explication pour moi, c est qu ils y trouvent un intérêt financier", a-t-elle affirmé, dénonçant l instrumentalisation de la caution scientifique par les industriels du tabac.

Le marché du vapotage représente aujourd hui près de 1,6 milliard d euros en France, avec plus de 3 millions d utilisateurs. Un adolescent sur deux a déjà essayé la cigarette électronique à 17 ans, et l usage quotidien chez les jeunes a triplé entre 2017 et 2022.

David Khayat, sollicité par les journalistes français, a refusé de répondre à leurs questions. Il assume néanmoins son rôle de "consultant en réduction des risques", niant être un employé de l industrie du tabac.

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