Étudiants algériens en France : la double peine des APL et des titres de séjour
Le Conseil constitutionnel a validé, jeudi 19 février, la suppression des aides personnalisées au logement (APL) pour les étudiants extra-européens non boursiers, dans le cadre de la loi de finances 2026. Une mesure qui frappe de plein fouet plus de 25 000 étudiants algériens inscrits dans les universités françaises, déjà confrontés à des difficultés croissantes pour renouveler leurs titres de séjour.
La décision des Sages marque un tournant pour les quelque 315 000 étudiants étrangers extra-communautaires présents en France. Parmi eux, les Algériens constituent le deuxième contingent le plus important, avec 27 675 inscrits durant l'année universitaire 2024-2025, derrière le Maroc (35 655) et devant la Chine (23 213), selon les chiffres du ministère de l'Intérieur.
Concrètement, les étudiants ne bénéficiant pas d'une bourse sur critères sociaux perdront leur droit aux APL à compter du 1er juillet 2026. Or, seuls 2 à 3 % des étudiants extra-européens remplissent les conditions pour obtenir une telle bourse, qui exige un domicile fiscal en France depuis au moins deux ans. La perte mensuelle, estimée entre 100 et 250 euros selon les situations, représente un coup dur pour des budgets déjà fragiles.
« Plus de 300 000 étudiants sont directement visés, dont seulement 2 % sont boursiers, révélant la profonde injustice de cette mesure », alerte le Club des cadres algériens de France (CCAF). L'économie attendue pour l'État s'élève à environ 200 millions d'euros, soit à peine 1 % du budget total consacré aux aides au logement.
Une asphyxie administrative qui s'ajoute à la précarité financière
La suppression des APL n'est que la partie émergée de l'iceberg. Les étudiants algériens en France subissent également ce que Yougourthen Ayad, responsable de l'association Addra, qualifie d'« asphyxie administrative » pour l'obtention ou le renouvellement de leurs titres de séjour. L'encombrement des préfectures et les tensions diplomatiques entre Paris et Alger compliquent davantage les démarches.
À ces obstacles s'ajoutent de nouvelles contraintes introduites par la loi de finances 2026 : la taxe de délivrance et de renouvellement d'un titre de séjour est augmentée de 100 euros, assortie d'un timbre fiscal supplémentaire de 50 euros. Un nouvel examen civique portant sur les principes et valeurs de la République, la laïcité et l'Union européenne est désormais requis, avec un seuil de réussite fixé à 32 bonnes réponses sur 40.
« La perte de 200 à 250 euros par mois, dans des budgets déjà largement sous le seuil de pauvreté, va aggraver leur précarité et mettre en danger la continuité de leurs études », prévient Yougourthen Ayad. Les chiffres confirment cette réalité : 40 % des étudiants étrangers déclarent ne pas être en mesure de couvrir leurs besoins essentiels, contre 16 % des étudiants français, et 30 % ont eu recours à l'aide alimentaire.
Un recours encore possible malgré la validation constitutionnelle
Les parlementaires socialistes, insoumis, écologistes et du groupe GDR avaient saisi le Conseil constitutionnel, estimant que la mesure instaurait une forme de préférence nationale et portait atteinte au droit à un logement décent. Les Sages ont considéré que le législateur pouvait « traiter différemment des situations différentes » et que la maîtrise des dépenses publiques justifiait cette décision.
Toutefois, le Conseil a assorti sa validation d'une réserve d'interprétation importante : l'application devra respecter le préambule de la Constitution de 1946, qui garantit à chacun « les moyens convenables d'existence ». Le gouvernement devra préciser par décret les critères d'éligibilité aux bourses, ouvrant potentiellement la voie à de futurs recours juridiques.
Cette accumulation de mesures restrictives risque de décourager de nombreux étudiants algériens de poursuivre leur cursus en France. Certains pourraient se tourner vers d'autres destinations européennes ou internationales, remettant en question la stratégie « Bienvenue en France » portée par le gouvernement. Comme le rappelle la Cimade, les étrangers sont devenus les boucs émissaires d'un système profondément inégalitaire, et cette nouvelle mesure semble en confirmer la tendance.