Taxe petits colis : les entreprises déjà prêtes à contourner le dispositif
La taxe de 2 euros par article sur les petits colis importés de Chine est entrée en vigueur ce dimanche 1er mars 2026. Mais les géants du e-commerce comme Shein, Temu et AliExpress ont déjà anticipé des parades pour limiter l'impact financier de cette mesure destinée à lutter contre la fast-fashion et les achats impulsifs.
Le dispositif fiscal, prévu par l'article 82 de la loi de finances 2026, cible les envois de moins de 150 euros en provenance de pays tiers à l'Union européenne. Une mesure qui intervient alors que les importations françaises de petits colis ont explosé, passant de 170 millions d'articles en 2022 à 828 millions en 2025, pour une valeur totale de 5,58 milliards d'euros.
Des vols détournés vers le Benelux
Le groupe Aéroports de Paris (ADP) anticipe déjà les conséquences. "On prévoit que l'entrée en vigueur de la taxe petit colis amène le transfert d'environ 50 vols par semaine à Paris-CDG vers les hubs du Benelux", alerte l'entreprise. Une stratégie de contournement logistique qui permettrait aux plateformes de faire atterrir les marchandises dans un autre pays européen avant de les acheminer en France par la route, échappant ainsi à la taxe française.
ADP met en garde : "Il est nécessaire qu'une telle mesure de lutte contre les pratiques commerciales déloyales s'inscrive dans un cadre harmonisé au niveau européen, au risque de provoquer des contournements logistiques." Une perte de revenus et de trafic aérien que l'aéroport parisien redoute.
Des plateformes qui s'adaptent
Du côté des géants chinois, la réponse est pragmatique. Shein a déclaré être "pleinement engagé à respecter toutes les réglementations douanières et fiscales françaises et européennes en vigueur". Mais l'enseigne rappelle aussi que les marchandises légalement importées peuvent circuler librement au sein de l'UE, laissant entrevoir d'autres stratégies possibles.
L'économiste Anthony Morlet-Lavidalie, du think tank Rexecode, confirme ces anticipations : "Les exportateurs chinois pourraient ne pas envoyer la marchandise directement en France, mais plutôt passer par des entrepôts européens sans cette taxe, ou des pays adjacents, puis réexporter." Une relocalisation partielle des stocks dans l'Union européenne figure parmi les options envisagées.
Pour les consommateurs, l'impact se fait déjà sentir. Un acheteur régulier témoigne : "Deux euros sur tous les achats, ça fait beaucoup. Je pense que je vais réduire mes commandes de trois fois par mois à une seule." C'est précisément l'objectif affiché par le gouvernement : réduire les achats impulsifs de produits très bon marché et leurs conséquences environnementales liées au transport aérien.
Ces manœuvres de contournement devraient toutefois rester temporaires. Une taxe européenne de 3 euros par article entrera en vigueur dès juillet 2026, avant l'instauration d'un dispositif harmonisé pour l'ensemble des vingt-sept États membres prévu en novembre 2026. L'Union européenne espère ainsi combler définitivement les failles logistiques exploitées par les plateformes.